Pater reporter

 

"Chine : chaos, éclat de rire devant le droit de l'homme. Un mobile : l'argent. Un but : l'or. Une adoration : la richesse". La chine est en folie. Albert Londres, 1925.

 

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Dimanche 16 octobre 2005

Ils sont souvent peu visibles. Mais il ne faut souvent qu'une fine fissure pour que de nouvelles idées s'y glissent.

Lorsqu’on évoque la Chine en occident on lui qualifie le terme de censure. Pour autant, des espaces de liberté existent. Ce ne sont que des fines brèches mais les jeunes chinois s’y engouffrent avec aisance. Bien sûr, ils ne s’engageront pas à parler de politique et de liberté aux premiers venus. Mais dès que vous les connaissez, leur discours peut se révéler détonnant. A faire plaisir à toutes les grandes ONG tel qu’Amnesty, reporter sans frontière… Parmi les espaces de liberté, il y a incontournablement l’Internet. Et ce malgré une des meilleures polices du monde en cette matière. Il n’est pas rare dans les cybercafés de voir de jeunes chinois sur des sites plus ou moins autorisés. Par exemple sur celui de Canal plus avec les Guignols. (il devait être francophone). Ou sur des newsletters informels accessibles via des codes et après installation de proxys pour cacher son IP. Ils surfent également sur des blogs…

Il semble que le PCC malgré ses volontés n’arrive à enrayer le mouvement, tout juste à la freiner. C’est pourquoi, il aimerait que la polémique qui a été engagée avec les Etats-Unis sur le contrôle de l’Internet fasse éclater l’architecture actuelle. Son souhait : le réseau doit revenir sous le contrôle des Etats.

Autre espace de liberté : les DVD. En Chine, c’est la caverne d’Ali Baba pour les films. On y trouve de tout et même les plus subversifs. Or le film est un moyen parmi tant d’autres de faire véhiculer des idées. Pour exemple : Danny the Dog avait heurté la sensibilité des autorités et avait été censuré dans toutes les salles de cinéma. Bien avant sa sortie officielle en DVD, on le trouvait dans toutes les petites boutiques. Et les vendeurs ne cessaient de vendre les mérites de ce film. Il a littéralement fait un carton.

La musique reste également un espace de liberté. Et dans les petites boutiques, on trouve les plus grands groupes et chanteurs internationaux. D’ailleurs, ils ne se lassent pas de les chanter.

Dans ce mouvement, il ne faut pas oublier l’impact des étudiants qui reviennent de leur séjour en occident. Parmi le savoir-faire qu’ils ont acquis, ils ramènent dans leur bagage les idées. Ils adoptent de nouvelle mœurs coupant net avec la tradition chinoise.

La Chine est un pays en mouvement. Les évènements de 1989 ne sont pas oubliés. Sauf que la tactique est plus diffuse, s’ancre au fil du temps et évite l’affrontement. Il est à prévoir d’autres soubresauts, spasmes de demande de liberté. Reste à savoir quand.

 

 

par Guillaume publié dans : En réponse
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Dimanche 16 octobre 2005

Le 12 octobre dernier, j'étais parmi les figurants du grand spectacle de la cérémonie d'ouverture des 10e jeux nationaux. De la cérémonie, je n'y ai vu que les coulisses. Mais cette journée fut riche en anecdote et en rencontre.

 

Il y a quelque temps, je vous avais parlé de la cérémonie d’ouverture. Et bien cela est fait. Le 12 octobre dernier. De la cérémonie, je n’y ai vu que les cinq dernières minutes lors de notre représentation furtive dans le grand stade de Nanjing. Le temps restant, nous l’avons passé dans les coulisses. A attendre. A vrai dire, pas vraiment puisque toute la journée nous avons été accaparés par les chinois pour des séances photos. Cela avait commencé dès le portail d’entrée du stade. Nous avons bien mis au moins une heure pour faire les 500 mètres qui nous séparaient des loges. Policiers, militaires, figurants, sportifs, spectateurs, chacun voulait se faire photographier avec un laowai. On se serait cru à Cannes. On nous mitraillait. Cela nous amusait et même renforçait notre excitation. Nous étions les seuls étrangers. La télévision locale et nationale y ont également été de leur petite interview.

Dans les coulisses, le succès ne cessait de se démentir. Les anciens combattants, bardés de médailles, venaient à notre rencontre. Une des leurs parlaient un anglais impeccable. Ils évoquaient Napoléon, le Général de Gaulle. « Des grands hommes », comme ils le soulignaient. Ils nous racontaient les grandes batailles contre les Japonais et les nationalistes. Et Mao le saint Homme. On osait trop rien dire sur l’analyse. La courtoisie était de rigueur et l’échange était des plus chaleureux. Ils nous demandèrent ensuite de chanter la Marseillaise et se mirent au garde-à-vous. Peu d’entre nous ont oublié cette marque de respect. Et dans nos discussions d’aujourd’hui chacun se souvient encore.

 

Parmi les figurants du spectacle une cinquantaine de fille, type mannequin, avait été recrutée dans toute la Chine. Elles étaient nos voisines de loge. Photos, échanges de numéro de téléphone, discussion, certains de mes collègues ont rencontré un véritable succès.

Sur les douze étrangers présents, on comptait 8 Français, trois Africains francophones venant du Burundi, et un Allemand. Pour le spectacle, on représentait le monde. Ce qui nous faisait rigoler doucement. Très francophone. Ce qui change de la suprématie de l’anglais. A nos côtés, il y avait la directrice de la division internationale de hohai daxue, le président du district de Gulou (district de Nanjing où toutes les universités se concentrent), et une accompagnatrice qui ne cessait de nous rappeler à l’ordre.

Autres voisins de loge, les moines de Shaolin. Leurs performances restent toujours impressionnantes. Leur souplesse et leur résistance à la douleur vous incitent à l’humilité. Leur présence a été l’occasion d’échanger quelques mots et ils ont tenté de nous apprendre deux à trois gestes. Ce qui provoqua une grande partie de rigolade, tellement nous étions ridicules par notre rigidité.

 

C’est enfin à notre tour. Nous avons attendu plus de sept heures. Pour beaucoup l’excitation était retombée. La fatigue de l’attente sûrement. Au moment d’entrée sur la pelouse du stade, des centaines de figurants nous applaudissent. Nous étions émus et bouleversés par cette attention. La télévision nous suivait. Nos plaintes précédentes sont alors vite oubliées. L’euphorie du stade nous emporte. Et nous voilà à faire notre show devant la tribune officielle. Hu Jintao ets bel et bien présent ainsi que le représentant chinois de l’ONU (j’ai oublié son nom). Ils semblent impassibles alors que tout le stade frissonne au son d’une musique entraînante.

 

Certes, nous avions tous le regret de ne pas avoir vu le spectacle qui nous semblait grandiose. Même si nous avons pu toucher la flamme olympique. Mais de cette journée, nombreux des étrangers présents ne se lassent de raconter les différentes rencontres.

par Guillaume publié dans : Nanjing
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Lundi 10 octobre 2005

Fascinant et oppressante, cette ville ne m'a pas laissé indifférent. Et elle m'a permis de comprendre que Nanjing était devenu mon chez moi, savourant avec délice sa douceur de vivre.

Shanghai, c’est quatorze millions d’habitants. Une immensité et une densité qui vous oppressent dès votre arrivée. Cette sensation ne m’a jamais quitté pendant mes trois jours de visite. Elle vous désoriente. Son rythme effréné vous épuise et provoque une fatigue permanente. Tout semble aller trop vite. La capitale économique de la Chine court après la notoriété, elle veut rentrer dans le clan très fermé des grandes villes du monde qui comptent. Elle copie, elle arrange à sa guise. Son décor est anachronique. D’un regard furtif sur le Bund, on aperçoit New-York. On reste hébété devant un building à l’architecture greco-romaine. Camouflé dans la nuit et sous l’effet pervers des jeux de lumière des building, on croirait apercevoir la Tour Eiffel. On y voit Londres avec une pâle copie de Trafalgar square. Shanghai c’est la nouvelle ville du nouveau siècle. Sans époque, moderne, un mélange de toutes les influences qui se sont partagées cette ville pendant un siècle.

Tournée inlassablement vers le commerce, elle transpire le business, gonflée d’extérieur par ses panneaux publicitaires lumineux. Chaque marque, chaque entreprise se bat pour avoir sa place le long du fleuve. Lors de la promenade sur le bateau, on assiste malgré nous à un défilé de logos, de publicités, plus grandiloquents les uns des autres. C’est un spectacle de lumière en permanence. La nuit, Shanghai paraît si belle. Cachant au mieux, son anarchie urbaine le jour.

Trop semble la définir. Trop grande, trop contrastée, trop agressive, trop oppressante, Shanghai devient la nouvelle capitale du Monde. Après Rome, Paris, Londres, New-York, elle prend le relais. L’avenir se joue ici. Beijing est dépassée par la vitalité de cette ville émergente. Nanjing est si tranquille en comparaison, si provinciale. Sa douceur de vivre coupe de l’agressivité de sa grande sœur.

Bien sûr de Shanghai, je n’ai vu que ses endroits les plus connus. Mais pour le moment ses mystères me laissent de glace. J’y reviendrai, c’est sûr. Un autre moment dans l’année. La période ne s’y prêtait pas : avec les vacances nationales, la ville surabondait de monde. Des hôtels pleins, des tarifs multipliés par deux.

Shanghai c’est également la mentalité des capitales. L’indifférence semble reine, l’individualisme base de tout libéralisme s’est ancré dans les mœurs sans aucun souci. Tant à Nanjing la pauvreté n’est pas synonyme de misère, à Shanghai les deux se confondent. Comme si l’atmosphère de cette ville a balayé d’un trait la traditionnelle solidarité chinoise. Les gens peuvent crever dans l’indifférence. Quittant leur campagne, rêvant de richesse, leur vie n’a été qu’un souffle d’espoir. Voire de désespoir.

Ici le contraste est saisissant, se côtoient l’ultra-milliardaire surprotégé et le pauvre gueux qui misérablement cherche à récolter les quelques miettes des orgies des plus grands.

Chacun peut y voir ce qu’il veut dans Shanghai. Elle se révèle fascinante car il n’y a pas qu’une seule lecture.

(Version après rectification orthographique)

par Guillaume publié dans : petites curiosités
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