Pater reporter

 

"Chine : chaos, éclat de rire devant le droit de l'homme. Un mobile : l'argent. Un but : l'or. Une adoration : la richesse". La chine est en folie. Albert Londres, 1925.

 

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Dimanche 11 septembre 2005

Etait-ce l'esprit de Bouddah ou le simple fruit du hasard ? A Diang Temple au pied du Yuejang tower, une plénitude m'envahissait.

En randonnée, ce proverbe fait souvent foi. Au détour du chemin, attend-toi à une découverte. Cela ne pouvait autant mieux exprimé ce qu’Elise, Virginie (une amie photographe) et moi avions vécu. Le Yuejang Tower nous avait comblé. Laissant notre instinct vagabondé par la suite, nous longions les remparts. Ce côté du parc était laissé à l’abandon. Quelques baraques accueillaient les ouvriers du parc. Notre attention détournée par nos conversations, nous empruntons un petit chemin, menant droit à un temple encore actif. Susnommé Diang temple. Et une belle surprise nous attendait. Est-ce l’esprit de Bouddha qui nous y conduisit ? A l’entrée, un vieil homme en habit de moine quitta la petite maison et se dirigea dans le temple d’un pas souple et discret. Un regard furtif en notre direction. Sur le perron du temple, une vieille dame s’affairait à étendre des vieux draps et torchons usagés, à l’aide de vieux bambous comme piquets et d’une corde. Sa fabrication précaire s’écroula. Pas moyen de planter les bambous. Le sol étant entièrement pavé. Réflexe, Virginie et moi quittions notre contemplation du temple pour aider la vieille dame. Chacun son piquet. Rien à faire, cela ne voulait pas tenir. La vieille dame gênée répétait sans cesse xiexie (merci). Nous lui rendions la politesse avec le sourire. De ce moment certes anodin, une sorte de plénitude m’envahissait. Je me sentais bien. Je délectais ce moment. Le temps d’une minute ma condition de touriste s’était atténuée. De part et d’autre, nous avions partagé notre humilité. Ce n’était plus un contact intéressé comme nous avions l’habitude de croiser quotidiennement. Fiers de notre bonne action, nous fîmes brûler un peu d’encens tout en nous adressant de notre fond intérieur à Bouddha, qui nous contemplait de son autel.

De cette anecdote, et malgré mes 10 jours de présence, il est le premier et véritable contact avec le peuple chinois. Celui qui allie avec harmonie humilité et gentillesse.

Le Diang Temple est situé dans le parc du Yuejang tower. Prendre le chemin qui mène vers les remparts.

par Guillaume publié dans : petites curiosités
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Mercredi 7 septembre 2005

Modèle pour la jeunesse chinoise, Yao Ming, joueur célèbre de la NBA, est en train de devenir le hérault d'une nouvelle génération. En pleine soif de consommation et de liberté.

En France, Zidane est surnommé le Dieu du Ballon. Et depuis que les bleus ont retrouvé le goût de la victoire, les médias ne cessent d'ovationner son retour et l'effet optimisme qu'il a draîner. Faisant du coup même oublié la morosité du pays. C'est la superstar en puissance. En Chine, ils ont également leur Zidane. Mais lui il tient le plutôt le ballon de basket : Yao Ming. Joueur qui a intégré la NBA et qui a même réussi à devenir le successeur des grands joueurs américains.

A Nanjing, il n'y a pas un jour sans que l'on parle de lui. Il a même été récompensé comme modèle de la jeunesse et hérault national. C'est dire ! Tous les jours dans les journaux, il a droit à sa photo. Le China Daily est également loin d'être avare en éloge et ne rate aucun de ses faits et gestes. Dans les magasins de sportwear, sa photo tapisse les murs entre deux pubs de marque. Et onction suprême, certains ont collé sa dédiace près de la porte, photographiés avec la supertsar. Dans la petite boutique de sport de l'université, le poster de son portrait couvre toute la porte en vitre. Dans les conversations entre étudiants, il n'est question que de lui. Ils provoquent l'hystérie par le population féminine.

Ils avaient confucius, puis Mao, maintenant Yao Ming.

Preuve que le pragmatisme érigé en idéologie en 1978 par Deng Xiaoping, rompant avec la gestion stalinienne de ces illustres prédecesseurs a permis d'amener un vent de liberté. Cette nouvelle jeunesse se l'est appropriée à la différence de leurs aînés qui sont restés traumatisés des évènements de 1989 à Tian Nan Men.

 
par Guillaume publié dans : petites curiosités
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Mardi 6 septembre 2005

La société profonde chinoise reste très conservatrice, notamment sur les mœurs. Elle reste néanmoins peu perceptible de l’extérieur, cachée par les premiers signes d’émancipation de la jeunesse branchée.

Tous les soirs à la nuit tombante, c’est le même rituel à hohai daxue* (université). Au pied des dortoirs des filles, des étudiants hommes font le pied de grue, jetant un regard furtif dans le hall d’entrée pour savoir si leur dulcinée veuille bien les rejoindre. Les couples à l’écart, profitant des endroits les moins éclairés,  s’embrassent ou se tiennent tendrement. Avec pudeur et discrétion. Tous les gestes attentionnés sont réfléchis afin d’éviter d’attirer l’attention. Ils épient le regard de l’autre craignant que leur relation soit jugée immorale. Du haut de mon cinquième étage (comprendre quatrième pour les européens), la scène me paraît amusante et m’interroge. Pourquoi tant de précaution ? Le poids des mœurs est-il toujours aussi pesant ? Il le semblerait. L’histoire de Nancy, une chinoise qui travaille comme taxi girl (comprendre prostituée) dans les bars et discothèques à expatriés, et parfaitement bilingue, illustre ce conservatisme ambiant. Alors qu’elle était étudiante, elle entretient une relation sexuelle avec un des étudiants de son campus. Tombant enceinte, le garçon en question ne reconnaît pas l’enfant. « J’avais le choix entre le garder ou me faire avorter. J’ai préféré le garder », explique-t-elle rapidement. Elle doit alors se confronter au regard et à la déception de sa famille. « Une mère célibataire s’est mal vue, même condamnée dans le cercle familiale ». Nancy se voit dans l’obligation d’arrêter ses études et de trouver un travail, privée du soutien financier de sa famille et qui refuse de l’aider à élever son enfant (la politique de l’enfant unique a donné à l’enfant une valeur quasi-sacré, il est l’objet de toutes les attentions tant auprès de ses parents que de ses grands-parents). Un nouvel obstacle s’impose à elle : les boulots qu’elle trouve lui permettent tout juste de joindre les deux bouts. Et puis… elle choisit de devenir prostituée. L’argent circule. « La compagnie des laowai n’est pas désagréable et je fréquente les riches du coin ». Et lui laissant tirer la conclusion : « Il faut bien bouffer ».

* Veuillez m'excuser je ne peux pas mettre les tons. Pour la prononciation daxue : mettre un ton descendant sur le a, et ascendant sur le e.

 
par Guillaume publié dans : petites curiosités
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Vendredi 26 août 2005
Je me rappelle de cette phrase et du sourire qu'elle m'a provoqué. Lors de la diffusion d'un reportage sur les ouvriers chinois sur Arte, un aparatchik du PCC répond laconiquement à un journaliste qui l'interrogeait sur les contradictions idéologiques du parti et la réalité économique : "nous acceptons l'exploitation aujourd'hui pour mieux la supprimer demain". Jolie tour de passe-passe réthorique !
par Guillaume publié dans : petites curiosités
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Lundi 22 août 2005

Le 31 août à 19 h 30, je prends le vol Paris-Shanghai sur Air China. Impatience quand tu nous tiens.

Il ne reste que neuf jours avant le départ. Tout est prêt. ce week-end, j'ai dit au revoir à la famille, réunie à l'occasion du mariage d'un cousin. Sympathique fête par ailleurs et comme disait le frère du marié, samedi soir il y a eu beaucoup de viande morte. Un petit rhum brun en provenance direct de la Martinique a fait le tour des tables à la fin du repas. Très bon mais son effet kisscool a fait des ravages dans les rangs masculins. Entre Daniel qui se plante dans le fossé, tout beau avec son costard, le frangin qui squatte une voiture de flic pour aller gerber, Norbert qui fait la serpillère à l'entrée de la salle, Jacques qui danse avec toutes les filles sur la piste, Samuel qui vous attrape en embuscade au bar pour remplir le godet... bref une grande soirée...

C'est la dernière ligne droite. Enfin. Le temps me paraissait long. Mes papelards administratifs sont enfin bouclés... Et cela n'a pas été de la tarte... Pour autant, je ne ressens pas encore de grande excitation. Je suis d'une sérénité qui m'étonne. Je suis ni triste, ni heureux... prudent. Me méfiant toute projection qui pourrait se révéler être une désillusion. Car c'est cela que je crains le plus. C'est pourquoi j'adope cette position un peu défensive.

Néanmoins, je laisse surbriller ma pointe d'optimisme. Autrement, cela ne sert à rien. Je veux me couper avec la morosité française, avec le pessimisme européen. Je regarde l'horizon mais je ne distingue pas ce qu'il y a au loin. J'avance...

par Guillaume publié dans : petites curiosités
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