Pater reporter

 

"Chine : chaos, éclat de rire devant le droit de l'homme. Un mobile : l'argent. Un but : l'or. Une adoration : la richesse". La chine est en folie. Albert Londres, 1925.

 

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A Nanjing, dans les pas de Kessel, Londres et les autres

Malraux y a écrit son oeuvre magistrale, la Condition humaine. Albert Londres y a relaté le chaos des années 20. Joseph kessel s'est enthousiasmé de sa puissance latente. Avec leur style respectif, leur regard, ils ont tenté d'apprivoiser le dragon dormant. La Chine. Mais elle s'est réveillée et elle a faim. De leur témoignage, il ne reste plus rien. Sauf le souvenir d'un cliché d'une Chine du vingtième siècle. Le XXIe lui tend les bras. Elle le fera. Sans Mao et sans confucius. Quelques décennies plus tard, un journaliste rêveur part sur les traces de ceux aujoud'hui consacrés au Panthéon de la presse.

Mes articles ne pourront jamais intéressés un journal. Je ne m'intéresse pas aux puissants. Les médias officiels s'en chargent bien suffisamment. La Chine que j'aime, qui me surprend, qui me révolte est celle qu'on découvre en bas de chez soi. Dans la rue. Je raconte mes rencontres avec ce peuple, son quotidien, sa condition, ses curiosités. Et depuis mon arrivée je ne cesse de révoir mes interprétations, mes visions. De mes sentiments, ils se cubultent entre compassion, impertinence, approbation, estime...

Pas besoin de partir en voyage initiatique au fin fond de la Chine pour saisir la variété de ces différences. Il suffit simplement d'aller jeter un oeil derrière ces nouveaux building, symbôle d'une Chine conquérante qui prend modèle sur l'occident. Alors on y découvre qu'elle est loin d'avoir perdu son âme.

 Dans le souffle de son sillage...

Vendredi 28 octobre 2005

Il n'est pas perceptible aux yeux des étrangers. Du moins au jambon-fromage que je suis. Mais le racisme chez les Chinois existe bel et bien.

Ibrahim n’avait pas encore ces 25 ans. Il y a deux jours il décède brutalement d’une crise cardiaque dans sa chambre du 5e étage du foyer pour étudiants étrangers à hehai daxue. Ibrahim venait de Sierra Leone et était un garçon plutôt discret. En master environnement, il entamait sa deuxième année en Chine. Il était de mon étage et je le croisais de temps à autre : quelques courtoisies et de bardages de bon usage, rien de plus. Suit à son décès toute la communauté africaine de Nanjing est venu au foyer pour participer à un hommage à un compatriote. Car ici les Africains oublient leur querelle ethnique et font bloc derrière un seul mot, magique : l’Afrique. Leur solidarité est même à citer en exemple. Ils viennent du continent noir et de par leur peau, ils se serrent les coudes. Car si le racisme n’est pas autant visible, il y a des évènements qui marquent toute une communauté.

Ils se souviennent de cette gigantesque manifestation des étudiants chinois contre le fait que des Africains sortent ou entretiennent des liaisons avec des chinoises. Certains ont même été pourchassés dans la ville. Ils ont pu fuir en traversant le Yangtsé, à la nage. Les choses ont changé depuis, concluent-ils. Ils en parlent peu. « De toute manière, partout où on ira on sera vu comme un noir, une curiosité malsaine. Les gens dans la rue viennent nous toucher pour savoir si notre peau est naturelle. Les enfants imitent les singes. Les parents acquiescent comme si on ne comprenait pas ». Alors ils sortent ensemble, se rassurant par le nombre. « Les gens ici ne sont pas violents mais… ». Fin de la discussion. Je suis Français blanc, un jambon fromage comme ils s’amusent à dire, je ne peux pas comprendre. Je n’insiste pas.

Ce racisme latent chez les Chinois n’est pas nouveau, ils l’exercent avec art contre la communauté musulmane chinoise. Ils s’évitent, Ils se côtoient. Rien de visible : pas de tag insultant ou de profanation comme en Europe ou en Occident. Tout l’art consiste de vivre à côté en s’ignorant ou se moquant. Si les Han ne se privent pour manger dans les restos des Ouigours, l’inverse est plus rare. D’ailleurs la communauté musulmane chinoise fait partie de la classe des plus pauvres. L’accès aux fonctions dit nobles est bloqué. Bien sûr cela n’a rien d’officiel. Mais le parti communiste chinois a cette particularité d’avoir laissé vibrer le sentiment ethno-nationaliste volontairement. Car on le sait : la Chine n’est pas un pays uniforme comparé à la France et cela malgré la propagande. Ses divisions régionales et culturelles sont profondes et il suffirait que le gouvernement central implose pour que le pays replonge dans ses vieux démons. Sans compter qu’ici c’est la loi du sang qui fait la nationalité. Aucun étranger, même marié à une chinoise et ayant des enfants nés en Chine ne pourra revendiquer la nationalité. Comme si l’éternité d’un pays passe par la pureté de son sang. En France, tout le monde s’insurge, ici c’est normal et personne ne trouve à re-dire. Peut-être parce que la Chine était jusqu’ici un pays communiste à l’économie émergent. Qu’en sera-t-il demain quand elle sera la première puissance mondiale ?

 

par Guillaume publié dans : En réponse
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Vendredi 28 octobre 2005

Rencontrer des collègues fait toujours plaisir. Surtout lorsque l'invité de marque pour ce vernissage d'expos-photos à l'Alliance Française de Nanjing n'est rien d'autre que le patron de l'AFP Chine, accompagné de deux de ces photographes. Tandis qu'une amie photographe s'est accaparée un des deux reporters photos, je suis allé à la pêche auprès du boss : petite présentation de nos parcours respectifs et petit tour d'horizon de la présence des journalistes français en Chine. Rien de bien rassurant. J'avais quitté notre hexagone car j'étouffais dans la masse des journalistes. Trop nombreux, trop de galères. En Chine, je m'étais dit que la concurrence ne serait même pas sauvage. Que nenni ! Même ici, les pigistes déboulent à grand renfort et font de Beijing leur nouveau sacerdoce. Pfff, il n'y a pas moyen de piger tranquillement sans que certains viennent vous piquer un morceau dans l'assiette. Je sais ce qu'il me reste à faire : trouver un autre pays. Mais lequel ? La Chine est sous les projecteurs et elle le sera de plus en plus, hors année de la France qui s'est terminée récemment. Bref, il va falloir à nouveau montrer les dents et convaincre.

Le boss c'est Philippe Massonet. Angevin comme moi il a débuté au Courrier de l'Ouest dit le Bourrier pour les initiés. Un torchon pour résumé. Il s'est retrouvé à l'Union de Reims (autre torchon local) comme faits-diversier. Dans le même temps, il prend des cours de chinois. Estimant avoir fait le tour de la presse régionale, il part en 1985 en Chine comme pigiste. Il y reste quatre ans. Il rencontre sa femme, fait des enfants. Cherchant une stabilité pour raison familiale on lui fait une offre et revient en France mais la Chine lui manque. Il apprend qu'une place se libère à l'AFP Chine et tente sa chance. Succès.

par Guillaume publié dans : Nanjing
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Lundi 24 octobre 2005

L'été dernier la Chine a célébré le 600e anniversaire du premier voyage de l'amiral Zheng He. Portrait d'un homme qui précéda Colomb et consors.

Il y aurait besoin d’un grand nettoyage dans les livres d’histoire scolaire. Et ce d’autant plus que nous vivons une accélération de la globalisation. La découverte du monde comme on aime bien le penser en Europe se résume à Marco Polo et à Christophe Colomb. Or 80 ans avant sa découverte des Amériques, certes majeur dans l’évolution de l’histoire, un dignitaire de la dynastie Ming le précéda dans la découverte d’autres contrées. Entre 1405 et 1433, l’Amiral Zheng he organisa à sept reprises différentes expéditions. A la tête d’une flotte de 200 navires, avec 27.000 hommes, il accostera dans une trentaine de pays allant du Sud du Pacifique, l’Océan Indien, le golf persique et l’Afrique de l’Est, parcourant ainsi plus de 50.000 kilomètres.

De Nanjing, il fit construire au dimension gigantesque un navire, long de 400 mètres. En comparaison, la Caravelle de Colomb ressemble à une miniature. Le nombre de bateaux et la capacité de chargement des flottes de Zheng dépassaient largement ceux de ses successeurs plusieurs décennies plus tard. Les navires de Zheng étaient équipés de boussoles, compas, gouvernails arrière et voiles dirigeables. Des compartiments étanches sous les ponts empêchaient les bateaux de couler. L'art de la navigation aux instruments de même que les prévisions météorologiques atteignait un haut niveau.

 Contrairement aux européens, Zheng he s’est voulu un messager de paix. Aucun pays n'a jamais été colonisé par la Chine, qui était pourtant la plus grande puissance du monde à l'époque de la dynastie des Ming. Contrairement à d'autres navigateurs, Zheng He n'a jamais considéré les endroits qu'il visitait comme « de grandes découvertes ». Son but : développer les échanges et le développement économique.

En entretenant des relations de paix avec ces nouvelles régions, il a contribué à déployer la culture et la civilisation chinoise vers l’extérieur. À son époque, plusieurs pays et régions de l'Asie du Sud-Est, du Sud, et de l'Afrique tiraient de la patte loin derrière la Chine sous plusieurs aspects. Les connaissances et le savoir-faire chinois en navigation, construction navale, agriculture, fabrication, construction et météorologie, ainsi que la pensée confucéenne, ont été partagés avec d'autres pays.

Zheng était appelé Sanbao, le surnom de sa famille. Certains endroits qu'il a visités ont conservé le souvenir et des récits légendaires de ses exploits, par exemple, le port Sanbao en Thaïlande, le mont Sanbao en Malaysia, la statue de Zheng He en Inde et les villages de Zheng He en Somalie et au Kenya.

De ces expéditions, il permit d’ouvrir la route maritime de la soie et permit l’émigration des Chinois. Le commerce extérieur n’a ainsi cessé se développer, jusqu’au Mexique. Zheng He, méconnu à l’Ouest peut-être néanmoins consacré comme le plus grand navigateur de l’histoire.

 

A propos de Zheng He

Zheng He (1371-1433), le meilleur navigateur dans l'histoire de la Chine, né d'une famille d'ethnie hui à Kunming, province du Yunnan, s'appelait originairement Ma He. A 13 ans, il a été pris, castré et placé comme serviteur dans la maison du prince Zhu Di de la dynastie des Ming (1368-1644).
Après son accession au trône, l'empereur Yongle (Zhu Di) a attribué le nom de Zheng à Ma He et le nom religieux de « San Bao » ce qui signifie « Trois trésors ».
Il décède dans la 10e année du règne de l'empereur Xuande (1433) de la dynastie des Ming et fut enterré dans la colline de tête de taureau dans la banlieue sud actuelle de la ville de Nanjing.

 Source : China.org, wikipedia, musée de Nanjing, Jianghai Temple et Yuejang Tower…

par Guillaume publié dans : Histoire et patrimoine
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Samedi 22 octobre 2005

Rare les salariés chinois s'exhortant de la soumission, de cette attitude semblant si naturelle est cultivée l'exploitation ordinaire.

Dans certaines usines en Chine, des ouvriers fatigués de leur exploitation se sont mis à manifester. A exiger de meilleures conditions salariales. Pour beaucoup les manifestations se terminèrent dans le sang ou au fond d’une geôle. Dans la plus grande discrétion médiatique. Et trop rare une solution pacifique et tournant à leur avantage a été trouvée. Il en va d’un atout d’un pays entier qui a tablé sur une main d’œuvre obéissante, semblant illimitée* et surtout peu chère. Les entreprises du monde entier n’ont su résister à cet avantage comparatif. Elles se sont même précipitées arguant que la main d’œuvre en occident coûte trop cher et se révèle trop peu malléable aux critères d’un hypercapitalisme qui fait peu de foi de l’homme au profit d’un argent sonnant et trébuchant.

Ces soubresauts sociaux qui ne trouvent pas échos et qui n’émeuvent personne sont malheureusement l’exception qui confirme la règle. Le salarié chinois reste soumis à la pression de ces employeurs. Le code du travail est aléatoire et appréciable au cas par cas. Il se révèle souvent qu’une enluminure pour faire bonne figure devant les instances internationales. Il ne protège pas. Cette soumission m’a paru en pleine figure lorsqu’un ami français me raconta les conditions de travail de sa petite-amie chinoise. Elle travaille comme simple agent dans un call-center de China mobile, sa journée elle le passe au téléphone donnant des conseils. On savait que déjà en France ces entreprises de service provoquaient la méfiance de par les conditions sociales et les rémunérations proposées. Travaillant 48 heures par semaine, avec un planning aléatoire, elle ne gagne pas plus de 1000 kuai par mois (soit environ 100 €). Difficile alors de se loger à moins de trouver des taudis. A défaut de moyens, elle vit dans un dortoir de travailleurs, en ville près du Carrefour. La douche est sur le palier et l’eau chaude est un luxe. Sa chambre, elle la partage avec une de ses amies qui est actuellement au chômage. Si une part du loyer est payée par l’entreprise, elle verse le restant soit 100 kuai par mois. Mais le loyer doit être réglée deux mois à l’avance. Son amie sans revenue, elle paye également sa part. Soit quatre cents kuai à verser tous les deux mois.

En pleine poussée de la consumérite, sa situation l’exaspère. Ses études ne lui ont pas permis de trouver un travail dans sa branche avec une rémunération correcte. Les fins de mois se révèlent parfois difficiles. Pour autant elle ne se plaint pas. C’est un travail et elle fait le nécessaire pour que son employeur la garde. Pas une demande, rien. Alors qu’elle sera invitée pour le mariage d’une de ses amies, elle n’a osé bloqué une journée de peur de contrarier ses chefs. Ou lorsque la paye affichant une semaine de retard, ni elle, ni ses collègues n’ont adressé la moindre demande d’explication ou de précisions sur la date de versement. Outre cette soumission qui semble si naturelle, l’employeur croît la pression en organisant des examens régulièrement. Chaque salarié est interrogé par écrit sur une fiche produit. Du résultat de l’examen peut dépendre le volume de la rémunération. Il n’est pas rare qu’elle effectue des heures supplémentaires sans qu’elle soit payée.

Cette exploitation semble si ordinaire, tant dans l’ordre des choses, elle a contribué au miracle économique. Le chiffre de croissance de la Chine qui atteint encore presque les 10% fait envie, ferait même baver nos politiques qui courent après une croissance qui se fait toujours attendre. Au point de faire oublier que la réalité sociale affiche un contraste tellement saisissant qu’elle ferait hurler n’importe quelle communiste.

 *Un récent rapport fait état que l'image d'épinal d'une main d'oeuvre illimitée est bien loin de la réalité. D'ici dix ans le déséquilibre régional sur un plan démographique ainsi que le vieillissement de la population risque de provoquer des bouleversements dans le schéma de développement économique du pays. Voir le quotidien du Peuple qui y consacre un dossier important.

 

par Guillaume publié dans : géopolitique
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Vendredi 21 octobre 2005

Messieurs,

Votre souci de réguler les idées qui sont diffusées via la Toile me posent quelques difficultés. Il n'est pas tous les jours faciles de se connecter à un site, ne sachant s'il sera censuré pour un temps. Néanmoins depuis mon arrivée, il m'est impossible de me connecter au blog de Pierre Haski. Je ne crois pas qu'il appelle à la Révolution ou à la Révolte. Alors un peu de souplesse dans votre geste de censure. Le pays ne va pas s'effondrer comme un château de carte par la seule plume d'un journaliste, brillant soit-il et francophone de surcroît.

Que vous ne partagiez pas l'esprit de reporter sans frontière, je peux encore l'admettre. Cela ne fait jamais plaisir de se faire brocarder par une association telle que cette dernière. Je vous rassure, cette pratique est également appliquée en France.

Si vous avez des griefs, merci de les signaler clairement et d'indiquer les sites qui n'ont plus droits à la parole. La ligne de conduite que vous adoptez est la vôtre et comme simple étranger il me serait mal venue d'en faire une critique acerbe. Même cela me mordille les doigts.  

A bon entendeur,

Bien le bonsoir.

par Guillaume publié dans : liberté de la presse
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