Pater reporter

 

"Chine : chaos, éclat de rire devant le droit de l'homme. Un mobile : l'argent. Un but : l'or. Une adoration : la richesse". La chine est en folie. Albert Londres, 1925.

 

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A Nanjing, dans les pas de Kessel, Londres et les autres

Malraux y a écrit son oeuvre magistrale, la Condition humaine. Albert Londres y a relaté le chaos des années 20. Joseph kessel s'est enthousiasmé de sa puissance latente. Avec leur style respectif, leur regard, ils ont tenté d'apprivoiser le dragon dormant. La Chine. Mais elle s'est réveillée et elle a faim. De leur témoignage, il ne reste plus rien. Sauf le souvenir d'un cliché d'une Chine du vingtième siècle. Le XXIe lui tend les bras. Elle le fera. Sans Mao et sans confucius. Quelques décennies plus tard, un journaliste rêveur part sur les traces de ceux aujoud'hui consacrés au Panthéon de la presse.

Mes articles ne pourront jamais intéressés un journal. Je ne m'intéresse pas aux puissants. Les médias officiels s'en chargent bien suffisamment. La Chine que j'aime, qui me surprend, qui me révolte est celle qu'on découvre en bas de chez soi. Dans la rue. Je raconte mes rencontres avec ce peuple, son quotidien, sa condition, ses curiosités. Et depuis mon arrivée je ne cesse de révoir mes interprétations, mes visions. De mes sentiments, ils se cubultent entre compassion, impertinence, approbation, estime...

Pas besoin de partir en voyage initiatique au fin fond de la Chine pour saisir la variété de ces différences. Il suffit simplement d'aller jeter un oeil derrière ces nouveaux building, symbôle d'une Chine conquérante qui prend modèle sur l'occident. Alors on y découvre qu'elle est loin d'avoir perdu son âme.

 Dans le souffle de son sillage...

Lundi 17 octobre 2005

Dotée d'une grande vitalité, Candy est une jeune femme pour qui l'université est une porte vers l'émancipation. Portrait et petite histoire d'une fille de la campagne qui rêve de venir en France.

Candy est de ces jeunes femmes pour qui l’avenir est signe d’espoir et de nouvelles promesses. Son allure est celle de ses étudiantes sérieuses qui restent penchées leur nez sur les bouquins à longueur de journée. Sa coquetterie reste discrète, le maquillage encore moins. Elle ne porte pas la mode et sa peau basanée indique qu’elle vient d’une classe peu aisée. Comme si le tannage du soleil propre aux travailleurs manuels et notamment de ceux de la campagne se transmet de génération en génération. En guise de bijou, elle porte un discret collier en toc et une bague(1), qui paraît de prime abord sans grande valeur.

Candy est étonnante de vitalité. La vie jusqu’à présent ne lui avait pas fait de cadeaux. Aînée d’une famille de deux enfants, dont les parents sont de simples ouvriers, elle s’est mariée très jeune, à 18 ans(2) « C’était trop vite et stupide, mais je n’avais vraiment pas le choix ; Heureusement que je n’ai pas d’enfants ». Elle a toujours refusé. « Je ne l’aime pas. C’était pour arranger les parents ».

Etudiante éclairée, elle réussit à poursuivre ses études et à se dégager de son mari. « Mon père ne faisant pas la loi à la maison, il fallait que je convainc ma mère. Elle l’a accepté avec le temps ». Pour autant pour poursuivre ses ambitions, elle se trouve un petit job en parallèle, « qui me m’occupe la moitié du temps ». Vendeuse de boisson et de glaces. Se sentant enfin libre, elle cherche à sortir de sa condition de chinoise et rêve de parcourir le monde. Sa soif de découverte la pousse alors vers les lieux où les étrangers se rencontrent. Par son culot, dégagé de toute ambiguïté, elle fait la rencontre au fil du temps d’Allemands et de Français. Elle améliore son anglais et prend de l’assurance. Et puis elle rêve de la France, non pas celle qu’y est présentée sur les posters(3). Mais de sa culture, de ses coutumes… A l’affût du moindre objet ou personne ayant trait à la France, c’est comme cela qu’elle m’alpague un soir au Little Scarlet. Me tapotant sur l’épaule, elle m’adresse un bonjour très accentué. Je reste surpris : je dansais simplement et j’avais rarement parlé français pendant la soirée. « J’ai su que tu étais Français dans la manière dont tu te comporte. Tu es différent des anglo-saxons », me fit-elle comme excuse, afin d’atténuer ma surprise.

La nuit se passe autour d’une table en terrasse arrosée de bières. Au petit jour, elle m’invite alors à faire une promenade. Sans savoir où j’allais, nous prenons le bus et nous nous retrouvons à la périphérie de la ville, laissant la grande zone industrielle derrière nous. Elle m’emmena alors dans un petit parc. Des retraités et des personnes âgées remplissaient les allées, occupés à bavarder et à pratiquer leur sport matinal. Candy insiste pour que nous montions sur une petite tour installée au somment d’un semblant de colline. Je ne comprenais pas son insistance à monter jusqu’en haut. « Aujourd’hui, c’est férié(4). On doit monter sur le point culminant le plus proche afin de provoquer la chance ». Telle est l’explication. Son vœu exaucé, malgré une nuit blanche, elle retrouva une nouvelle ardeur. Elle me demande à nouveau de la suivre et nous prenons un QQ(5) qui nous transporte au fin fond d’un petite village en bordure de la nouvelle ville, en pleine construction. « C’est ici que j’ai grandi ».

Le chemin est de terre. Le long, des bâtiments en brique où il est parfois difficile de distinguer l’habitat et la grange. Sur le bord des petits étangs qui parsèment les habitations, s’accumulent les poissons crevés. Quelques volatiles se baladent entre chiens et chats. A l’horizon on distingue une usine crachant une fumée blanchâtre et épaisse.

Candy m’invite alors chez ses parents. Elle veut absolument me faire écouter ces CD de chanteurs français et me bredouillait sans arrêt le mot diamant. La maison de ses parents avait un peu plus de tenu, elle formait une équerre permettant de créer une petite cour qui servait de vestibule. Je découvris alors que Diamant était Diam’s, notre rappeuse française. Son père ne m’adressa pas la parole et chercha à tout prix à éviter mon regard, sa mère plus avenante nous prépara un véritable festin, heureuse de le partager avec un étranger. « Mon père est complètement soumis. Par ici les hommes sont comme cela avec leur femme. C’est en raison pour cela que j’ai quitté le mien. Et surtout ne te marries jamais, ce serait stupide », m’indique doucement Candy.

(1)   A la différence des occidentaux qui portent des alliances pour signifier à la collectivité leur union, les Chinois en portent rarement. Sur ce sujet, il n’y a pas de signe distinctif.

(2)   A la naissance, les nourrissons chinois ont un an. Pour calculer l’âge d’un chinois, il faut ajouter une année par rapport à la norme occidentale.

(3)   La Provence a été déclarée comme la destination première qui fait rêver les jeunes mariés pour leur voyage de noce.

(4)   Pour l’ouverture des 10e jeux nationaux, la journée a été classée fériée.

(5)   QQ est un taxi non officiel mais toléré. Dans cette partie de Nanjing, plus aucun taxi dit officiel ne dessert.

Par Guillaume - Publié dans : petites curiosités
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Lundi 17 octobre 2005

Entre erreurs et interrogations, la difficile aventure de raconter la vie d'un peuple et d'un pays...

Je n’ai jamais cru aux stéréotypes. Et l’art de décrire un peuple, ses us et coutumes relève d’un talent et d’une patience propre aux génies. C’est dans la durée et la répétition que la clairvoyance naît. En ouvrant mon blog, je ne savais à quel point les préjugés, les impressions d’un jour pouvaient m’entraîner en erreur. Dans l’absolu, on se croit à l’abri, sûr de notre tolérance, sûr de notre intelligence à recevoir la différence. On croit comprendre, alors que ce qui se passe sous nos yeux nous échappe. On s’avance, certes, modestement, mais on se complait dans l’erreur. Par commodité, par conformisme ? La réponse est propre à soi. Alors comment décrire les chinois. Déjà je n’apprécie guère qu’on résume les Français à partir de Paris. Un sentiment de provincial, vous me diriez sans doute. Mais pour avoir traversé la France de long en large et d’avoir fait étape un temps à Paris, je sais que son image la plus honnête se retrouve dans le fond de ses différentes contrées. Pour la Chine, le sentiment est le même. Il y a une Chine, officielle, une et indivisible. En vérité elle est multiple. De par sa culture, ses origines ethniques, de par ses religions, de par ses langues… Vous apprendrez le chinois officielle dit RPC (République Populaire de Chine), mais il sera incompris dans certaines campagnes, même proches des grands centres urbains.

De ce constat ô combien j’ai pu me rendre compte que mes premières impressions sur la Chine étaient erronées ou biaisées par ma naïveté. Elle n’est pas honteuse, elle n’est simplement que le fruit immédiat d’un long travail d’apprentissage, d’observation et d’écoutes. Je sais que m’attendent de nouvelles mauvaises interprétations. On ne résume pas un peuple en quelques adjectifs. Cela force l’ignorance. Héritier comme beaucoup d’occidentaux d’un esprit cartésien, il me faut alors désapprendre afin de mieux apprendre. Et que cet effort est douloureux, car il vous coupe de ce qui vous a construit jusqu’à aujourd’hui. A jamais il ne sera perdu, il s’harmonisera d’autant mieux dans le temps avec le nouveau bagage. Lui qui a été jusqu’ici un réconfort et une stabilité, il faut savoir le temps d’un apprentissage le mettre de côté.

Et de surcroît comment parler d’un peuple telle que les Chinois qui sont en train de vivre une véritable révolution sociétale. Comment décrire quelque chose en mouvement ? Terminer par une interrogation, faire une supposition ! Il n’y a pas un Chinois des villes, un Chinois des campagnes, il n’y a pas un Chinois taoiste et un Chinois musulman. La liste pourrait être infini. Peut-être que la solution vient dans l’histoire d’un Homme. C’est peut-être simplement par un seul qu’un petit bout de lorgnette s’ouvrira. Met le piège de la grandiloquence guette : de l’histoire d’un homme on en fait celle de tous. Que de précautions. Et si on les laissait parler avec leur mot, avec leur hésitation… Que recueillerons-nous ? Une histoire brute mais ce sera la sienne. Un journaliste l’a fait un jour. Il est connu de tous, Pierre Haski, auteur de l’ouvrage Ma Yan. Il n’a pas raconté son histoire, il l’a laissé raconté via ses lettres de correspondance.

 

De la Chine, je me rends compte que je ne peux tirer de généralités. Ce qui est vrai ici ne l’est pas là. Ce qui est vrai aujourd’hui, ne l’est plus demain.

Par Guillaume - Publié dans : En réponse
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Dimanche 16 octobre 2005

Le 12 octobre dernier, j'étais parmi les figurants du grand spectacle de la cérémonie d'ouverture des 10e jeux nationaux. De la cérémonie, je n'y ai vu que les coulisses. Mais cette journée fut riche en anecdote et en rencontre.

 

Il y a quelque temps, je vous avais parlé de la cérémonie d’ouverture. Et bien cela est fait. Le 12 octobre dernier. De la cérémonie, je n’y ai vu que les cinq dernières minutes lors de notre représentation furtive dans le grand stade de Nanjing. Le temps restant, nous l’avons passé dans les coulisses. A attendre. A vrai dire, pas vraiment puisque toute la journée nous avons été accaparés par les chinois pour des séances photos. Cela avait commencé dès le portail d’entrée du stade. Nous avons bien mis au moins une heure pour faire les 500 mètres qui nous séparaient des loges. Policiers, militaires, figurants, sportifs, spectateurs, chacun voulait se faire photographier avec un laowai. On se serait cru à Cannes. On nous mitraillait. Cela nous amusait et même renforçait notre excitation. Nous étions les seuls étrangers. La télévision locale et nationale y ont également été de leur petite interview.

Dans les coulisses, le succès ne cessait de se démentir. Les anciens combattants, bardés de médailles, venaient à notre rencontre. Une des leurs parlaient un anglais impeccable. Ils évoquaient Napoléon, le Général de Gaulle. « Des grands hommes », comme ils le soulignaient. Ils nous racontaient les grandes batailles contre les Japonais et les nationalistes. Et Mao le saint Homme. On osait trop rien dire sur l’analyse. La courtoisie était de rigueur et l’échange était des plus chaleureux. Ils nous demandèrent ensuite de chanter la Marseillaise et se mirent au garde-à-vous. Peu d’entre nous ont oublié cette marque de respect. Et dans nos discussions d’aujourd’hui chacun se souvient encore.

 

Parmi les figurants du spectacle une cinquantaine de fille, type mannequin, avait été recrutée dans toute la Chine. Elles étaient nos voisines de loge. Photos, échanges de numéro de téléphone, discussion, certains de mes collègues ont rencontré un véritable succès.

Sur les douze étrangers présents, on comptait 8 Français, trois Africains francophones venant du Burundi, et un Allemand. Pour le spectacle, on représentait le monde. Ce qui nous faisait rigoler doucement. Très francophone. Ce qui change de la suprématie de l’anglais. A nos côtés, il y avait la directrice de la division internationale de hohai daxue, le président du district de Gulou (district de Nanjing où toutes les universités se concentrent), et une accompagnatrice qui ne cessait de nous rappeler à l’ordre.

Autres voisins de loge, les moines de Shaolin. Leurs performances restent toujours impressionnantes. Leur souplesse et leur résistance à la douleur vous incitent à l’humilité. Leur présence a été l’occasion d’échanger quelques mots et ils ont tenté de nous apprendre deux à trois gestes. Ce qui provoqua une grande partie de rigolade, tellement nous étions ridicules par notre rigidité.

 

C’est enfin à notre tour. Nous avons attendu plus de sept heures. Pour beaucoup l’excitation était retombée. La fatigue de l’attente sûrement. Au moment d’entrée sur la pelouse du stade, des centaines de figurants nous applaudissent. Nous étions émus et bouleversés par cette attention. La télévision nous suivait. Nos plaintes précédentes sont alors vite oubliées. L’euphorie du stade nous emporte. Et nous voilà à faire notre show devant la tribune officielle. Hu Jintao ets bel et bien présent ainsi que le représentant chinois de l’ONU (j’ai oublié son nom). Ils semblent impassibles alors que tout le stade frissonne au son d’une musique entraînante.

 

Certes, nous avions tous le regret de ne pas avoir vu le spectacle qui nous semblait grandiose. Même si nous avons pu toucher la flamme olympique. Mais de cette journée, nombreux des étrangers présents ne se lassent de raconter les différentes rencontres.

Par Guillaume - Publié dans : Nanjing
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Dimanche 16 octobre 2005

Ils sont souvent peu visibles. Mais il ne faut souvent qu'une fine fissure pour que de nouvelles idées s'y glissent.

Lorsqu’on évoque la Chine en occident on lui qualifie le terme de censure. Pour autant, des espaces de liberté existent. Ce ne sont que des fines brèches mais les jeunes chinois s’y engouffrent avec aisance. Bien sûr, ils ne s’engageront pas à parler de politique et de liberté aux premiers venus. Mais dès que vous les connaissez, leur discours peut se révéler détonnant. A faire plaisir à toutes les grandes ONG tel qu’Amnesty, reporter sans frontière… Parmi les espaces de liberté, il y a incontournablement l’Internet. Et ce malgré une des meilleures polices du monde en cette matière. Il n’est pas rare dans les cybercafés de voir de jeunes chinois sur des sites plus ou moins autorisés. Par exemple sur celui de Canal plus avec les Guignols. (il devait être francophone). Ou sur des newsletters informels accessibles via des codes et après installation de proxys pour cacher son IP. Ils surfent également sur des blogs…

Il semble que le PCC malgré ses volontés n’arrive à enrayer le mouvement, tout juste à la freiner. C’est pourquoi, il aimerait que la polémique qui a été engagée avec les Etats-Unis sur le contrôle de l’Internet fasse éclater l’architecture actuelle. Son souhait : le réseau doit revenir sous le contrôle des Etats.

Autre espace de liberté : les DVD. En Chine, c’est la caverne d’Ali Baba pour les films. On y trouve de tout et même les plus subversifs. Or le film est un moyen parmi tant d’autres de faire véhiculer des idées. Pour exemple : Danny the Dog avait heurté la sensibilité des autorités et avait été censuré dans toutes les salles de cinéma. Bien avant sa sortie officielle en DVD, on le trouvait dans toutes les petites boutiques. Et les vendeurs ne cessaient de vendre les mérites de ce film. Il a littéralement fait un carton.

La musique reste également un espace de liberté. Et dans les petites boutiques, on trouve les plus grands groupes et chanteurs internationaux. D’ailleurs, ils ne se lassent pas de les chanter.

Dans ce mouvement, il ne faut pas oublier l’impact des étudiants qui reviennent de leur séjour en occident. Parmi le savoir-faire qu’ils ont acquis, ils ramènent dans leur bagage les idées. Ils adoptent de nouvelle mœurs coupant net avec la tradition chinoise.

La Chine est un pays en mouvement. Les évènements de 1989 ne sont pas oubliés. Sauf que la tactique est plus diffuse, s’ancre au fil du temps et évite l’affrontement. Il est à prévoir d’autres soubresauts, spasmes de demande de liberté. Reste à savoir quand.

 

 

Par Guillaume - Publié dans : En réponse
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Lundi 10 octobre 2005

Fascinant et oppressante, cette ville ne m'a pas laissé indifférent. Et elle m'a permis de comprendre que Nanjing était devenu mon chez moi, savourant avec délice sa douceur de vivre.

Shanghai, c’est quatorze millions d’habitants. Une immensité et une densité qui vous oppressent dès votre arrivée. Cette sensation ne m’a jamais quitté pendant mes trois jours de visite. Elle vous désoriente. Son rythme effréné vous épuise et provoque une fatigue permanente. Tout semble aller trop vite. La capitale économique de la Chine court après la notoriété, elle veut rentrer dans le clan très fermé des grandes villes du monde qui comptent. Elle copie, elle arrange à sa guise. Son décor est anachronique. D’un regard furtif sur le Bund, on aperçoit New-York. On reste hébété devant un building à l’architecture greco-romaine. Camouflé dans la nuit et sous l’effet pervers des jeux de lumière des building, on croirait apercevoir la Tour Eiffel. On y voit Londres avec une pâle copie de Trafalgar square. Shanghai c’est la nouvelle ville du nouveau siècle. Sans époque, moderne, un mélange de toutes les influences qui se sont partagées cette ville pendant un siècle.

Tournée inlassablement vers le commerce, elle transpire le business, gonflée d’extérieur par ses panneaux publicitaires lumineux. Chaque marque, chaque entreprise se bat pour avoir sa place le long du fleuve. Lors de la promenade sur le bateau, on assiste malgré nous à un défilé de logos, de publicités, plus grandiloquents les uns des autres. C’est un spectacle de lumière en permanence. La nuit, Shanghai paraît si belle. Cachant au mieux, son anarchie urbaine le jour.

Trop semble la définir. Trop grande, trop contrastée, trop agressive, trop oppressante, Shanghai devient la nouvelle capitale du Monde. Après Rome, Paris, Londres, New-York, elle prend le relais. L’avenir se joue ici. Beijing est dépassée par la vitalité de cette ville émergente. Nanjing est si tranquille en comparaison, si provinciale. Sa douceur de vivre coupe de l’agressivité de sa grande sœur.

Bien sûr de Shanghai, je n’ai vu que ses endroits les plus connus. Mais pour le moment ses mystères me laissent de glace. J’y reviendrai, c’est sûr. Un autre moment dans l’année. La période ne s’y prêtait pas : avec les vacances nationales, la ville surabondait de monde. Des hôtels pleins, des tarifs multipliés par deux.

Shanghai c’est également la mentalité des capitales. L’indifférence semble reine, l’individualisme base de tout libéralisme s’est ancré dans les mœurs sans aucun souci. Tant à Nanjing la pauvreté n’est pas synonyme de misère, à Shanghai les deux se confondent. Comme si l’atmosphère de cette ville a balayé d’un trait la traditionnelle solidarité chinoise. Les gens peuvent crever dans l’indifférence. Quittant leur campagne, rêvant de richesse, leur vie n’a été qu’un souffle d’espoir. Voire de désespoir.

Ici le contraste est saisissant, se côtoient l’ultra-milliardaire surprotégé et le pauvre gueux qui misérablement cherche à récolter les quelques miettes des orgies des plus grands.

Chacun peut y voir ce qu’il veut dans Shanghai. Elle se révèle fascinante car il n’y a pas qu’une seule lecture.

(Version après rectification orthographique)

Par Guillaume - Publié dans : petites curiosités
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