Dotée d'une grande vitalité, Candy est une jeune femme pour qui l'université est une porte vers l'émancipation. Portrait et petite histoire d'une fille de la campagne qui rêve de venir en France.
Candy est de ces jeunes femmes pour qui l’avenir est signe d’espoir et de nouvelles promesses. Son allure est celle de ses étudiantes sérieuses qui restent penchées leur nez sur les bouquins à longueur de journée. Sa coquetterie reste discrète, le maquillage encore moins. Elle ne porte pas la mode et sa peau basanée indique qu’elle vient d’une classe peu aisée. Comme si le tannage du soleil propre aux travailleurs manuels et notamment de ceux de la campagne se transmet de génération en génération. En guise de bijou, elle porte un discret collier en toc et une bague(1), qui paraît de prime abord sans grande valeur.
Candy est étonnante de vitalité. La vie jusqu’à présent ne lui avait pas fait de cadeaux. Aînée d’une famille de deux enfants, dont les parents sont de simples ouvriers, elle s’est mariée très jeune, à 18 ans(2) « C’était trop vite et stupide, mais je n’avais vraiment pas le choix ; Heureusement que je n’ai pas d’enfants ». Elle a toujours refusé. « Je ne l’aime pas. C’était pour arranger les parents ».
Etudiante éclairée, elle réussit à poursuivre ses études et à se dégager de son mari. « Mon père ne faisant pas la loi à la maison, il fallait que je convainc ma mère. Elle l’a accepté avec le temps ». Pour autant pour poursuivre ses ambitions, elle se trouve un petit job en parallèle, « qui me m’occupe la moitié du temps ». Vendeuse de boisson et de glaces. Se sentant enfin libre, elle cherche à sortir de sa condition de chinoise et rêve de parcourir le monde. Sa soif de découverte la pousse alors vers les lieux où les étrangers se rencontrent. Par son culot, dégagé de toute ambiguïté, elle fait la rencontre au fil du temps d’Allemands et de Français. Elle améliore son anglais et prend de l’assurance. Et puis elle rêve de la France, non pas celle qu’y est présentée sur les posters(3). Mais de sa culture, de ses coutumes… A l’affût du moindre objet ou personne ayant trait à la France, c’est comme cela qu’elle m’alpague un soir au Little Scarlet. Me tapotant sur l’épaule, elle m’adresse un bonjour très accentué. Je reste surpris : je dansais simplement et j’avais rarement parlé français pendant la soirée. « J’ai su que tu étais Français dans la manière dont tu te comporte. Tu es différent des anglo-saxons », me fit-elle comme excuse, afin d’atténuer ma surprise.
La nuit se passe autour d’une table en terrasse arrosée de bières. Au petit jour, elle m’invite alors à faire une promenade. Sans savoir où j’allais, nous prenons le bus et nous nous retrouvons à la périphérie de la ville, laissant la grande zone industrielle derrière nous. Elle m’emmena alors dans un petit parc. Des retraités et des personnes âgées remplissaient les allées, occupés à bavarder et à pratiquer leur sport matinal. Candy insiste pour que nous montions sur une petite tour installée au somment d’un semblant de colline. Je ne comprenais pas son insistance à monter jusqu’en haut. « Aujourd’hui, c’est férié(4). On doit monter sur le point culminant le plus proche afin de provoquer la chance ». Telle est l’explication. Son vœu exaucé, malgré une nuit blanche, elle retrouva une nouvelle ardeur. Elle me demande à nouveau de la suivre et nous prenons un QQ(5) qui nous transporte au fin fond d’un petite village en bordure de la nouvelle ville, en pleine construction. « C’est ici que j’ai grandi ».
Le chemin est de terre. Le long, des bâtiments en brique où il est parfois difficile de distinguer l’habitat et la grange. Sur le bord des petits étangs qui parsèment les habitations, s’accumulent les poissons crevés. Quelques volatiles se baladent entre chiens et chats. A l’horizon on distingue une usine crachant une fumée blanchâtre et épaisse.
Candy m’invite alors chez ses parents. Elle veut absolument me faire écouter ces CD de chanteurs français et me bredouillait sans arrêt le mot diamant. La maison de ses parents avait un peu plus de tenu, elle formait une équerre permettant de créer une petite cour qui servait de vestibule. Je découvris alors que Diamant était Diam’s, notre rappeuse française. Son père ne m’adressa pas la parole et chercha à tout prix à éviter mon regard, sa mère plus avenante nous prépara un véritable festin, heureuse de le partager avec un étranger. « Mon père est complètement soumis. Par ici les hommes sont comme cela avec leur femme. C’est en raison pour cela que j’ai quitté le mien. Et surtout ne te marries jamais, ce serait stupide », m’indique doucement Candy.
(1) A la différence des occidentaux qui portent des alliances pour signifier à la collectivité leur union, les Chinois en portent rarement. Sur ce sujet, il n’y a pas de signe distinctif.
(2) A la naissance, les nourrissons chinois ont un an. Pour calculer l’âge d’un chinois, il faut ajouter une année par rapport à la norme occidentale.
(3) La Provence a été déclarée comme la destination première qui fait rêver les jeunes mariés pour leur voyage de noce.
(4) Pour l’ouverture des 10e jeux nationaux, la journée a été classée fériée.
(5) QQ est un taxi non officiel mais toléré. Dans cette partie de Nanjing, plus aucun taxi dit officiel ne dessert.
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