Pater reporter

 

"Chine : chaos, éclat de rire devant le droit de l'homme. Un mobile : l'argent. Un but : l'or. Une adoration : la richesse". La chine est en folie. Albert Londres, 1925.

 

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A Nanjing, dans les pas de Kessel, Londres et les autres

Malraux y a écrit son oeuvre magistrale, la Condition humaine. Albert Londres y a relaté le chaos des années 20. Joseph kessel s'est enthousiasmé de sa puissance latente. Avec leur style respectif, leur regard, ils ont tenté d'apprivoiser le dragon dormant. La Chine. Mais elle s'est réveillée et elle a faim. De leur témoignage, il ne reste plus rien. Sauf le souvenir d'un cliché d'une Chine du vingtième siècle. Le XXIe lui tend les bras. Elle le fera. Sans Mao et sans confucius. Quelques décennies plus tard, un journaliste rêveur part sur les traces de ceux aujoud'hui consacrés au Panthéon de la presse.

Mes articles ne pourront jamais intéressés un journal. Je ne m'intéresse pas aux puissants. Les médias officiels s'en chargent bien suffisamment. La Chine que j'aime, qui me surprend, qui me révolte est celle qu'on découvre en bas de chez soi. Dans la rue. Je raconte mes rencontres avec ce peuple, son quotidien, sa condition, ses curiosités. Et depuis mon arrivée je ne cesse de révoir mes interprétations, mes visions. De mes sentiments, ils se cubultent entre compassion, impertinence, approbation, estime...

Pas besoin de partir en voyage initiatique au fin fond de la Chine pour saisir la variété de ces différences. Il suffit simplement d'aller jeter un oeil derrière ces nouveaux building, symbôle d'une Chine conquérante qui prend modèle sur l'occident. Alors on y découvre qu'elle est loin d'avoir perdu son âme.

 Dans le souffle de son sillage...

Dimanche 18 septembre 2005

La pertinence des guides de voyage est très aléatoire. S'ils se révèlent très attrayant avant le départ, une fois sur place, il vaut mieux les laisser au fond de son sac ou sa valise.

En ce jour nous étions impatients de découvrir le Zijin Shan, dit Mont pourpre et ses diverses monuments sur le versant sud. Les guides de voyage nous avaient mis l’eau à la bouche. Mais très vite la désillusion nous a gagné à notre arrivée au portail menant au Ming Xiaoling (tombeau de Hongwu, empereur de la dynastie Ming). L’entrée est fixée à 50 kuai. Etonnement. Le Lonely indique seulement 15 Kuai. Pensant alors que le tarif avait soudainement augmenté par notre situation de laowai, nous tentons de négocier. Rien à faire, c’est bien 50 kuai. Trop cher de l’avis de tous. Certes en France, cela ne représente pas grand-chose mais à comparaison du coût de la vie locale le prix est comme dirait notre ami allemand « very expensive ».Ne voulant pas rester sur une défaite, nous filons plus loin afin de découvrir d’autres merveilles. Même déconvenue. Les tarifs restent autant élevés. Décidés à ne pas perdre la bataille, nous choisissons alors de prendre les petits chemins en sous-bois et de monter jusqu’au sommet. Le plaisir de l’effort et du spectacle combla alors les précédentes déconvenues.

Depuis notre arrivée, ces guides qui nous faisaient tant voyager nous déçoivent. Nombres d’informations restent partielles, voire même erronées. Ceux qui s’étaient précipités sur le Routard, en sont revenus. Shanghai et Beijing représentent à eux seuls un tiers du guide. Compter également un bon tiers d’informations pratiques générales sur la Chine (sur ce dernier rien à dire). Ici à Nanjing, il sert de décors. Il meuble ma pseudo bibliothèque. Par contre, je ne suis pas contre de leur offrir ma collaboration pour éditer quelques pages sur Nanjing et le Jiangsu, voir même le Shandong, avec sa célèbre montagne sacrée Tai Shan.

Le Lonely, certes plus complet, tente un balayage rapide des grandes villes de chaque province. Néanmoins, les bons plans logements et restaurants indiqués restent onéreux. A Nanjing, il y a possibilité de se loger à moins cher. Et au lieu de vous précipiter dans les grands restaurants notés, allez dans ceux qui payent moins de mine mais qui offrent un rapport qualité-prix inégalable. Pour 10 à 15 kuai, vous mangez comme un roi et bon. Ancienne capitale de la Chine, nous sommes nombreux a déploré que le traitement réservé reste minoré. Pour les Chinois, cette ville garde une importance historique majeure. D’autres merveilles sont à voir, suivez votre instinct. Allez dans le nord ouest, vous y rencontrez une autre Chine. Un autre Nanjing, loin des building d’affaires.

Le Petit Futé se révèle de même facture que le Lonely. A vrai dire il n’y a pas encore de guides qui retrace vraiment la Chine. Quant au Guide Bleu, jetez le à la poubelle.

A vrai dire, les guides se révèlent intéressant avant le départ. Une fois sur place, se laissez porter par le vent reste sûrement la meilleure façon de voyager.

par Guillaume publié dans : livres
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Vendredi 16 septembre 2005

Un peu partout en ville, des personnes en âge de la retraite, sillonnent la ville, fouinant les poubelles à la recherche de bouteilles de plastique. De ses petites mains, les entreprises locales du recyclage tirent un bénéfice qui inquiète ses concurrentes occidentales.

 

Il est difficile de lui donner un âge. Une vie de labeur d’abord dans les champs puis à la ville comme ouvrière lui a creusé prématurément les sillons de la vieillesse sur son visage. A 60 ans, elle en paraît 70. Ses haillons de travail, sales, la vieillissant un peu plus. Mam (je n’ai pas saisi son nom, alors je l’appelle comme cela) fait la tournée des poubelles de l’université. Sur ses épaules fatiguées mais encore endurantes, elle trimballe un énorme sac débordant de bouteilles de plastique. Mam ne peut plus travailler à l’usine. En France, elle serait une retraitée, jouissant d’une pension. Bien qu’habitant avec ses enfants, le revenu de ces derniers ne se révèle pas suffisant pour manger à satiété. Alors, Mam s’est mise à récupérer les bouteilles en plastique et les revend à des petits grossistes au nord-ouest de la ville, qui les revendent aux usines de recyclage situées dans la périphérie de la ville. Cela sert d’appoint pour envoyer son petit fils à l’école. Elle aimerait qu’il aille au lycée et à l’université. Elle travaille pour son avenir et changer ainsi le cours de l’histoire de la famille. Tous les jours, sans relâche, tant que la santé ne lui fait pas défaut, elle sillonne cette partie de la ville. Pour autant elle garde le sourire. Elle a connu les périodes troubles durant laquelle la famine sévissait dans les campagnes lors du grand bond en avant sous Mao. Elle a connu les expropriations, la mort de son mari. L’avenir ne peut-être que meilleur. Mam en est sûr. Cet optimisme vous frappe de plein fouet. Des Mams, on en croise un peu partout dans les quartiers plus aisés de la ville. Certains récupèrent le carton, d’autre le verre. Des hommes plus jeunes font le tour des recycleurs de poubelles et acheminent sur des tricycles, parfois motorisés, leur récolte.

De ses petites mains, dont le coût se révèle peu élevé, les entreprises chinoises de retraitement des déchets tirent un avantage qui fait peur à ces concurrentes occidentales sur le marché mondial. En 2004, la filière française de recyclage des bouteilles de plastiques s’était même émue de cette concurrence faussée. Doublées par les businessmen chinois qui surenchérissaient le prix auprès des déchetteries, les entreprises du secteur demandaient aux élus d’adopter des garanties législatives et commerciales. Ce fut fait, tant la Chine fait peur. Mais dans cette guerre économique, les chinois n’ont pas dit encore leur dernier mot. D’autres batailles sont à attendre. Certes moins visibles que le textile, où l’âpreté des combats fait de nombreux dégâts en Europe et aux Etats-Unis.

par Guillaume publié dans : géopolitique
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Vendredi 16 septembre 2005

Un vieil homme vendant des fruits à l'entrée du quartier de chenghe.

par Guillaume publié dans : Nanjing
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Jeudi 15 septembre 2005

La confusion est facile entre la pauvreté et la misère. Mais à Chenghe quartier, la pauvreté qui y règne est teintée d'un certain optimisme.

Les apparences sont trompeuses. Après notre première escapade dans les quartiers pauvres du nord-ouest, nous savions trop quoi pensé. A tort sûrement, nous avions aperçu ce monde avec méfiance. Nous sommes retournés quelques jours plus tard, notre regard a été complètement différent. L’accueil fut des plus chaleureuses. Les habitants faisaient des efforts pour parler lentement, et lorsque nous arrivions à comprendre et à leur répondre, ils nous applaudissaient et rigolaient. J’aime cet endroit de Nanjing. Je me sens rassuré qu’aucun autre laowai n’y met les pieds. La sensation du découvreur d’un autre monde frétille dans tout mon corps, amenant ce doux mélange d’éveil et d’apaisement. On quitte l’âpreté du business, du stress des cours. On se sent unique. Les sens se percutent pour au final trouver une forme d’harmonie. Nos références occidentales s’endorment afin de mieux accueillir la curiosité, le respect et la tolérance de la différence. Les échanges, les découvertes amènent à relativiser ses propres faiblesses, ses déprimes. Ces ambiances vous transportent, vous transmettent une énergie. Le sourire et la satisfaction ne vous quittent plus.

Mon regard dépucelé, j’ai pu voir de ses quartiers populaires certes les signes de la pauvreté, mais en aucun cas celles de la misère. Comme je l’ai pu longuement observer en France. Il ne s’agit pas d’histoires tristes. La fringale de la consommation n’a pas encore fait de dégâts, celle qui amène les autres a toujours envié, sans jamais se satisfaire. Leur quotidien est rempli d’optimisme. Même si selon un rapport sur les indices des prix en Chine spécifie qu’un citadin sur quatre grogne contre l’augmentation du coût de la vie (voir le Quotidien du peuple du 15 septembre).

L’envers du décor n’est pas aussi noir. J’ai été pris de ce que j’ai en horreur : l’ignorance. Mes premières impressions n’étaient pas entièrement fausses, mais leur analyse souffrait d’un manque de recul. A vrai dire d’ouverture. Néanmoins, je m’essaierai à ne pas tomber dans l’excès inverse.

Ce quartier je l’ai appelé Chenghe. Maillé par quelques grands axes qui mènent tous au Yangtsé bridge, il se divise en petits villages, plus ou moins animés. Certains les décrivent comme des taudis. Et leur destruction est à l’ordre du jour. Le gouvernement fédéral vient d’en faire sa priorité. Bien sûr ce ne sera pas pour tout de suite à Nanjing, la capitale restant la priorité avec la venue des JO en 2008.

Parmi ses villages, j’en apprécie surtout un par son calme. Sa seule voie d’accès se révèle un petit chemin qui longe un entrepôt de bus, près des quais. A son entrée, quelques immeubles de cinq étages défraîchis accueillent les familles les plus actives. Du moins celles qui peuvent payer un loyer un peu plus élevé que les taudis qui se situent plus en aval de la petite rue principale. Le calme du quartier était saisissant, coupant net avec le bruit sans cesse des rues adjacentes. On se croyait à la campagne. A l’entrée d’une petite cour, qui servait d’entrepôt de planches et de tout ce qui est recyclable, trois femmes et un homme s’adonnaient à un jeu de carte endiablé.  Plus loin, une vieille femme revenait des petits jardins qui se situent le long du mur des quais. L’air fatigué, elle se déplaçait d’un pas lent. Son sourire nous remplit de bonheur. Elle nous accompagna, nous observant. Tout autant amusé que nous de notre incompréhension mutuelle. Arrivé près des jardins –nous rencontrâmes aucun homme en âge de travailler- d’autres personnes âgées vaquaient à leur jardinage. Ils tentèrent de nous expliquer, nous nommèrent le nom des légumes. Ils se laissèrent photographier sans la moindre opposition. Virginie, l’amie photographe, délectait ce bonheur. Pour elle, tout était devenu facile. Elle choisit avec parcimonie ses angles, sa lumière. Les gens nous laissèrent entrer dans leur intimité, nous ouvrait les portes. Cela change tellement de la France où tout le monde semble être replié sur soi et son image. Virginie (Wei ni en Chinois) voulu tirer un maximum de cette humilité.

C’est alors qu’au moment où nous quittions ce petit village, situé en pleine ville, un vieil homme tenta de converser avec nous avec les quelques mots d’anglais qu’il avait dû apprendre dans sa jeunesse. L’échange dura un petit moment et attira les voisins étonnés et curieux que ce vieil homme arrive à communiquer dans une langue étrangère. Sur un petit bout de papier, je lui écrit mon nom en chinois You mu (ce qui signifie l’arbre européen) et je lui fit comprendre que je reviendrai la semaine prochaine, avec une traductrice. Il hocha d’approbation de la tête. Je ne sais pour quelle raison, sûrement l’instinct journalistique, je souhaite connaître l’histoire de cet homme. De son âge transparaît une histoire et un vécu différent de ceux que j’ai pu croiser.

par Guillaume publié dans : géopolitique
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Mercredi 14 septembre 2005

La guerre des sexes qui fait rage en occident se serait-elle exportée en Chine ? L'émancipation de la femme bouleverse les mentalités des hommes sur la vie en couple.

Selon un sondage paru par le Quotidien du peuple, les hommes chinois croient toujours autant au couple et au mariage. Si une carrière ou la fortune peut se refaire, le couple est la base de la vitalité. Ils demandent à leurs femmes d’amener une solidité dans leur couple pour mieux réussir dans leur vie professionnelle. Or cette vision se percute de plein fouet avec l’émancipation de la femme. Encore toute récente. Leur niveau socio-économique progressant, la femme goûte avec plaisir et indépendance la liberté sexuelle. Or cette confrontation des idées sur la vie en ménage et au sexe plus généralement débouche sur un malaise parmi les hommes chinois. Moins apparent, il est d’autant plus profond qu’en occident. Les hommes chinois restant encore englués dans les traditions. L’émancipation de la femme semble creuser un écart que les hommes peinent à combler. Sans compter que la population masculine reste plus nombreuse que la population féminine, ce qui rajoute parfois du désarroi ou un certain pessimisme sur leur chance de fonder un ménage.

Interrogeant des jeunes hommes étudiants chinois s’ils avaient une petite amie, ils me répondirent que la chose était devenue difficile. « Non seulement on ne les comprend plus, mais elles sont moins nombreuses que nous ». Le discours des femmes, tout en nuance, laisse percevoir leur envie d’un changement des mentalités. Elles veulent choisir, se débarrasser des protocoles, essayer avant de se lancer. En un mot s’émanciper. « Un mec pour toute une vie, c’est fini », réplique une étudiante. Ses copines acquiescent. Elles n’ont rien à voir avec les clubbeuses qui cherchent à tout prix un laowai. Ou du moins pour s’éclater au moins une nuit avec lui. Elles ont l’allure sage et sont sérieuses dans leurs études. Et ne couchent pas avec n’importe qui. « Avec celui qui me plaît », confie une étudiante dans un anglais approximatif. Reste néanmoins que le discours reste approximatif. L’influence occidentale dans l’émancipation des femmes est encore toute récente et l’assurance de ces nouvelles mœurs n’est pas encore entièrement assumée. Celles qui sont à l’aise avec ces nouvelles normes sont surtout des femmes actives, assumant des responsabilités, bénéficiant d’un niveau de vie confortable. Dans les quartiers populaires, le chemin est encore bien long.

Pour autant, j’ai été frappé à quel point les femmes chinoises dominent leur couple. Les hommes attendant sagement le moindre signe. L’allure semblant chétive. Bien que sortant en couple, c’est la femme qui donne le tempo, qui autorise le petit bisou des bouts des lèvres.

par Guillaume publié dans : petites curiosités
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