Pater reporter

 

"Chine : chaos, éclat de rire devant le droit de l'homme. Un mobile : l'argent. Un but : l'or. Une adoration : la richesse". La chine est en folie. Albert Londres, 1925.

 

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A Nanjing, dans les pas de Kessel, Londres et les autres

Malraux y a écrit son oeuvre magistrale, la Condition humaine. Albert Londres y a relaté le chaos des années 20. Joseph kessel s'est enthousiasmé de sa puissance latente. Avec leur style respectif, leur regard, ils ont tenté d'apprivoiser le dragon dormant. La Chine. Mais elle s'est réveillée et elle a faim. De leur témoignage, il ne reste plus rien. Sauf le souvenir d'un cliché d'une Chine du vingtième siècle. Le XXIe lui tend les bras. Elle le fera. Sans Mao et sans confucius. Quelques décennies plus tard, un journaliste rêveur part sur les traces de ceux aujoud'hui consacrés au Panthéon de la presse.

Mes articles ne pourront jamais intéressés un journal. Je ne m'intéresse pas aux puissants. Les médias officiels s'en chargent bien suffisamment. La Chine que j'aime, qui me surprend, qui me révolte est celle qu'on découvre en bas de chez soi. Dans la rue. Je raconte mes rencontres avec ce peuple, son quotidien, sa condition, ses curiosités. Et depuis mon arrivée je ne cesse de révoir mes interprétations, mes visions. De mes sentiments, ils se cubultent entre compassion, impertinence, approbation, estime...

Pas besoin de partir en voyage initiatique au fin fond de la Chine pour saisir la variété de ces différences. Il suffit simplement d'aller jeter un oeil derrière ces nouveaux building, symbôle d'une Chine conquérante qui prend modèle sur l'occident. Alors on y découvre qu'elle est loin d'avoir perdu son âme.

 Dans le souffle de son sillage...

Jeudi 9 février 2006

Mardi soir, dans un bar à expatrié, un de mes compatriotes me faisaient part de ses critiques à propos de mon blog. Il me reprochait d’être « racoleur ». Et ce que je pouvais mettre en ligne n’était en rien en phase avec ce qu’il observait. Ouvert sur les critiques constructives, je mis mon égo de côté pour réfléchir à ce qu’il avait amené à établir ce constat. Il n’est pas le seul puisque ces derniers temps je reçois des mails peu flatteurs de certains des lecteurs. Outre l’agressivité de quelques propos qui ne me laisse pas vraiment indifférent, on m’accuse (et le mot est loin d’être fort) d’avoir un regard « noir et pernicieux », de mettre en avant ma « perversité », d’être « négatif comme tous les journalistes », de porter un regard « arrogant d’un Français qui croit toujours avoir raison », de considérer les « Chinois comme des barbares ». La suite est longue. J’aurais bien aimé qui me les laisse en commentaire. Pour mes défenseurs, s’il en existe, cela aurait été une bonne raison de débat. Bref.

A la lecture de ces critiques peu élogieuses (mon tort est également de laisser quelques fautes d’orthographes), je leur répondrai comme suit. Ce blog n’a pas vocation d’une description et interprétation universelles et figées de la Chine. Et sur ce point je l’ai souvent rappelé.  Il est parcellaire et ne montre qu’une partie des problématiques de la Chine. De plus, je ne suis pas adepte de la pensée binaire, blanc ou noire, raison ou pas raison. Le journalisme m’a appris une chose : la complexité des interactions.

Je parle de prostitution, de violence, de pauvreté mais aussi de belle rencontre. J’écris sur l’hypocrisie. J’approuve, je m’indigne… Il y à boire et à manger pour tous. Tous les jours je suis dans la rue. Mes fréquentations sont diverses. Je ne m’enferme pas dans un ghetto à expatrié avec un salaire confortable. En ce moment c’est plutôt le contraire. Les témoignages sont ceux de Chinois ou la résultante de rencontre dans la rue.  Je m’appuies sur des faits approuvés par ceux qui vivent ici au quotidien. Je ne parle pas de la Chine en général mais des Chinois de Nanjing, ville en plein mouvement mais qui ne peut en aucun cas se comparer à Shanghai, Hong-Kong ou Beijing. Le nombre d’étrangers est certes en pleine explosion mais son influence reste toute relative. La ville a gardé un rythme, une manière de fonctionner que je qualifie de Chinoise.

Alors pourquoi m’intéresser à des sujets en relation avec le sexe et la violence. Est-ce pour augmenter l’audience de mon blog ? Que nenni. Dans la construction d’un journal le traitement de ces sujets aurait toute sa part. Parce qu’ils sont révélateurs d’une société en mouvement. Il n’existe pas de lumières sans ombres. Parce que mon blog n’est pas un agenda ou un site de voyage pour personne en mal d’exotisme. Donc je corresponds parfaitement à la définition du Lonely Planet lors de son choix des blogs pour son catalogue. Mon blog n’est pas une invitation au voyage, il est une invitation à une certaine réalité. Une invitation à l’information de quelques problématiques. En effet, lorsque je parle de bordel, cela fait hisser les cheveux des bien-pensants, dont je souligne un petit nombre n’hésite pas à faire appel aux prostituées. Un fait que j’observe tant ici que lors de mes années précédentes en France. Mais il s’agit surtout de démontrer à quel point son expansion révèle les souffrances d’une société et sa contradiction avec les lois et doctrines édictées par le gouvernement fédéral. Ou tout simplement en rupture avec les mœurs conservatrices et les tabous sexuels qui traversent ce pays et ce peuple, qui régissent la famille et les relations intergénérationnelles.

Bref, j’accepte la critique. Mais pour être l’objet d’une certaine agressivité, je crois que j’ai réussi mon pari : taper là où cela fait mal. En cela, je respecte plus ou moins la maxime d’Albert Londres : porter la plume dans la plaie. En France c’était ma signature. Toujours prêt à en découdre. Cela m’a valu souvent des ennuies et des oppositions. Mon combat se porte surtout contre la léthargie qui anime les sociétés occidentales dont notamment la France. Je pense différemment avec l’esprit de tolérance, mais pas de complaisance.

par Guillaume publié dans : En réponse
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Vendredi 3 février 2006

Faisons un petit tour de la presse étrangère et de la presse locale qui se destine en priorité aux étrangers.

Cette presse est décevante comme on pouvait s’y attendre. Il faut rappeler que la liberté de la presse est loin d’être un doux rêve pour quiconque se dérogerait aux mots d’ordre du parti. N’attendait pas d’elle une seule remarque critique sur l’évolution de la Chine, de son contexte politique. Quant à son observation de la vie économique elle se borne à présenter les réussites et le tout business. Elle est à l’image des étrangers en résidence. En déséquilibre. Et surtout cette presse se moule aux exigences d’un pouvoir en place qui ne perçoit l’étranger comme une part de marché ou tout simplement un apport de devise. Que peut-on lire généralement : les sorties culturelles, les restaurants, la mode, la musique. Bref, un condensé de lifestyle. Etrangers taisez-vous mais consommez. Tel est le parti imposé ou pris. Car résumé cette presse comme victime du contexte serait trop simple et réducteur. Elle se décline avant tout comme un support publicitaire. La motivation première des investisseurs reste donc financière. L’éthique n’est pas son problème. Le marché publicitaire déjà bien occupé se révèle tellement vaste qu’il suscite des appétits. Et de France ou d’ailleurs, la Chine est le nouvel eldorado. « Il y a de l’argent à se faire », me confia un investisseur qui souhaite créer un magazine lifestyle.

 

 

(Map Magazine fait partie de la presse lifestyle, distribuée gratuitement à Nanjing, surtout à destination des étrangers.)

 

Mais alors lorsqu’on aperçoit des magazines comme Elle et consoeurs qui ont œuvré en France à l’évolution des mœurs, qui ont été dans le passé à la pointe des combats politiques féministes ou autres, quelle est la motivation de leur propriétaire pour s’implanter en Chine ? La réponse, je vous la donne Emile, le redondant marché juteux publicitaire. De là j’entends mes confrères professer cette théorie qui veut que dans les bagages du libéralisme économique résident les prémices d’une probable ou éventuelle liberté. Ne pas s’attaquer de front en attendant le bon moment. Ils vont attendre longtemps. Car la Chine a réussi ce qu’aucun prévisionniste n’a écrit ou même pensé. Parié sur l’ultralibéralisme tout en la dénuant de son moindre contenu politique. Combien de fois j’ai entendu mes confrères dénoncés la complaisance de nos politiques envers ce grand pays mais les a-t-on entendu dénoncer la stratégie de complaisance et de foulard sur les fondamentaux de notre profession de leur patron. Bien sûr que non. Puisque les subsides tirés de ce nouveau segment de marché alimentent leur salaire et leurs avantages. Et compte tenu du naufrage de la presse écrite en France, les réflexes corporatistes et conformistes reprennent vite le dessus.

Bref le salut de la liberté de la presse et de son pluralisme ne viendra pas de la presse étrangère qui apporte seulement une vague critique. Son soutien aux dissidents est silencieux ou imperceptible. Mais elle viendra de l’audace de quelques jeunes journalistes chinois. Il n’y a pas encore longtemps un organe de presse de la jeunesse communiste a osé franchir le pas d’une critique constructive. La sanction fut immédiate et convenue : le journal et ses membres ont été bannis. Au cœur même du parti, l’évolution semble prendre le pas, tout en tâtonnant.  Il y a donc des raisons d’espérer. J’espère.

par Guillaume publié dans : journalisme
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Mercredi 1 février 2006

Pierre Haski a parcouru la Chine pendant plus de 10 ans. Il nous ému avec le journal de Ma Yan et a suscité chez les lecteurs de Libération un souffle de solidarité envers les enfants pauvres des campagnes chinoises. Avec son blog, il a donné envie, il a entretenu la flamme du dialogue contreversé. Il a été par moment censuré. Ses lecteurs l'ont encouragé, dénigré. Il vivait simplement. De cette humilité, il est devenu le hérault d'une certaine liberté de la presse dans un pays où la censure et la répression sévissent.

Pour les blogueurs installés en Chine, il était devenu un référent. On voulait connaître son regard. Tout simplement le lire. Il suscitait tant d'enthousiasme que chacun d'entre nous tentait de contourner les censures chinoises qui nous empêchaient d'accéder à son blog.

Il est reparti en France le mois dernier. Après les soubresauts sociaux de Libération, on l'a rappelé pour un poste de directeur adjoint de la rédaction. Il a mis fin à son blog le 6 janvier. Pierre Haski nous manque. Les commentaires suites à ces articles provoquaient accords et désaccords. Ce débat aujourd'hui fait défaut et laisse les blogeurs français en Chine orphelins.

Merci Monsieur Pierre Haski.

par Guillaume publié dans : journalisme
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Mercredi 1 février 2006

En face du 1912, le quartier des boîtes de nuit, de l’autre côté de Taiping Beilu, se situe ce que j’appelle le Pigalle de  Nanjing. Dans un maillage croisé de petites rues, se concentre des centaines de prostituées. Dès la nuit tombante, et ce jusqu’au petit matin, elles attendent le client, jeune ou vieux : 200 à 500 yuan la passe. Les boutiques se succèdent les unes collées aux autres. Une à cinq filles par établissement. Elles dorment là, vivent là, mangent là. Dans des conditions précaires. Leurs sorties à l’extérieur sont rares et contrôlées. (Il n'y a pas de racollage) Même le temps pour fumer une cigarette. Et lorsque la nuit se fait plus sombre et que l’agitation de la rue s’est atténuée, des 4x4 sillonnent les rues. Des hommes en sortent et vont de boutiques en boutiques. Ils restent le juste le temps de recueillir la manne de la soirée et de la veille. De temps à autres, ils embarquent une fille. Ils la traîneront dans les bars et boîtes et...

par Guillaume publié dans : petites curiosités
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Mercredi 1 février 2006

Elle est partout. Elle surveille, contrôle, protège mais elle se fait invisible. La mafia chinoise suscite curiosité et crainte.

 

Il est difficile de récolter des renseignements sur la mafia chinoise. Souvent ce sont de simples banalités transversales à toutes les mafias qui sont mises à jour. Depuis mon arrivée, je n’ai récolté que des bribes d’informations, des anecdotes, des rumeurs. Au détour d’une discussion avec un patron de boîte trop bourré ou celui de témoignages de laowai qui ont assisté en pleine rue à des règlements de compte.

Hang jing est le patron de plusieurs discothèques connus dans le Jiangsu. Il est entre autre propriétaire des Scarlet (deux à Nanjing et une à Suzhou) et d’un bordel de luxe, le Lafayette Club à Nanjing. Un peu éméché, accompagné d’une escort girl, il raconte ses mésaventures avec la mafia. Ses affaires ne marchaient pas trop mal, l’ouverture de sa nouvelle boîte, le small Scarlet était devenu la référence dans les nuits pauvres de Nanjing, il décida donc de se passer de la protection de la mafia. Sans tarder, celle-ci lui rappela avec fermeté la nécessité d’une protection. Un gang de rue sous contrôle sous de la mafia locale, armé de machettes et de haches prirent d’assaut son bureau et le blessa à coup de haches. Effrayé par ce coup de force, il paya ses cotisations comme convenus. Quelques temps plus tard, lassé d’engraisser les gangs locaux, il décida à nouveau avec son partenaire d’affaire, un camerounais, de ne plus se payer les services imposés de la mafia. Nouvelle intervention de cette dernière mais ils réussirent à fuir. Hang jing se cacha pendant un bon mois et s’entoura de garde du corps. Le temps que les choses se calment. Face au mur et dans l’impossibilité de s’opposer, il envoya des émissaires pour régler le problème. Il n’a eu d’autres choix que de payer. Depuis la leçon semble bien avoir été apprise, non seulement il paye la protection mais doit fournir à ses frais une salle VIP avec boisson aux gangs locaux qui ne se privent pas d’un tel cadeau. Régulièrement, on les devine dans la discothèque, assis toujours dans la même salle VIP. Sous leur manteau, plus ou moins dissimulées, ils cachent leurs armes blanches.

A la sortie des boîtes de nuit, de nombreux laowai ont été témoins d’assassinats. Il y a quelques mois, un homme est abattu à coup de révolver devant la porte d’entrée du Small Scarlet. Trois semaines plus tard, c’en est un autre qui tombe sous 18 coups de couteaux, au même endroit. Au Big Scarlet, un jeune homme échappe de la mort de justesse : le coup de machette ne lui pas été fatale. Aucun des témoins étrangers n’a été convoqué par la justice ou la police pour raconter ce qu’ils ont vus. Ces histoires se règlent dans l’ombre de la corruption et des luttes de pouvoir entre mafias et police.

De nombreux mafieux et gangs locaux, de par une corruption généralisée, entretiennent des relations très étroites avec la police ou avec les potentats locaux qui leur assurent une certaine protection. Il y a deux semaines, le nouveau chef de la police voulant mettre la main sur le quartier des boîtes de nuit a bouclé le secteur pendant une semaine. Chaque propriétaire d’établissements devait se soumettre sous forme d’enveloppes. Depuis peu rouvert, on ne connaît pas la fin du mot de l’histoire.

La mafia est partout présente. Elle se fait invisible aux yeux des étrangers et ne s’intéressent pas eux. A moins que ces derniers rentrent dans le business de la nuit. Et dans ce cas ils n’auront d’autres choix que de se plier à leur volonté. Ou s’ils refusent c’est la mort au coin de la rue. Cela a été le cas de deux Américains assassinés à Shanghai en octobre dernier pour être entré dans le business de la drogue.

 

par Guillaume publié dans : petites curiosités
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