Faisons un petit tour de la presse étrangère et de la presse locale qui se destine en priorité aux étrangers.
Cette presse est décevante comme on pouvait s’y attendre. Il faut rappeler que la liberté de la presse est loin d’être un doux rêve pour quiconque se dérogerait aux mots d’ordre du parti. N’attendait pas d’elle une seule remarque critique sur l’évolution de la Chine, de son contexte politique. Quant à son observation de la vie économique elle se borne à présenter les réussites et le tout business. Elle est à l’image des étrangers en résidence. En déséquilibre. Et surtout cette presse se moule aux exigences d’un pouvoir en place qui ne perçoit l’étranger comme une part de marché ou tout simplement un apport de devise. Que peut-on lire généralement : les sorties culturelles, les restaurants, la mode, la musique. Bref, un condensé de lifestyle. Etrangers taisez-vous mais consommez. Tel est le parti imposé ou pris. Car résumé cette presse comme victime du contexte serait trop simple et réducteur. Elle se décline avant tout comme un support publicitaire. La motivation première des investisseurs reste donc financière. L’éthique n’est pas son problème. Le marché publicitaire déjà bien occupé se révèle tellement vaste qu’il suscite des appétits. Et de France ou d’ailleurs, la Chine est le nouvel eldorado. « Il y a de l’argent à se faire », me confia un investisseur qui souhaite créer un magazine lifestyle.

(Map Magazine fait partie de la presse lifestyle, distribuée gratuitement à Nanjing, surtout à destination des étrangers.)
Mais alors lorsqu’on aperçoit des magazines comme Elle et consoeurs qui ont œuvré en France à l’évolution des mœurs, qui ont été dans le passé à la pointe des combats politiques féministes ou autres, quelle est la motivation de leur propriétaire pour s’implanter en Chine ? La réponse, je vous la donne Emile, le redondant marché juteux publicitaire. De là j’entends mes confrères professer cette théorie qui veut que dans les bagages du libéralisme économique résident les prémices d’une probable ou éventuelle liberté. Ne pas s’attaquer de front en attendant le bon moment. Ils vont attendre longtemps. Car la Chine a réussi ce qu’aucun prévisionniste n’a écrit ou même pensé. Parié sur l’ultralibéralisme tout en la dénuant de son moindre contenu politique. Combien de fois j’ai entendu mes confrères dénoncés la complaisance de nos politiques envers ce grand pays mais les a-t-on entendu dénoncer la stratégie de complaisance et de foulard sur les fondamentaux de notre profession de leur patron. Bien sûr que non. Puisque les subsides tirés de ce nouveau segment de marché alimentent leur salaire et leurs avantages. Et compte tenu du naufrage de la presse écrite en France, les réflexes corporatistes et conformistes reprennent vite le dessus.
Bref le salut de la liberté de la presse et de son pluralisme ne viendra pas de la presse étrangère qui apporte seulement une vague critique. Son soutien aux dissidents est silencieux ou imperceptible. Mais elle viendra de l’audace de quelques jeunes journalistes chinois. Il n’y a pas encore longtemps un organe de presse de la jeunesse communiste a osé franchir le pas d’une critique constructive. La sanction fut immédiate et convenue : le journal et ses membres ont été bannis. Au cœur même du parti, l’évolution semble prendre le pas, tout en tâtonnant. Il y a donc des raisons d’espérer. J’espère.
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