Pater reporter

 

"Chine : chaos, éclat de rire devant le droit de l'homme. Un mobile : l'argent. Un but : l'or. Une adoration : la richesse". La chine est en folie. Albert Londres, 1925.

 

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Lundi 26 septembre 2005

Pour connaître une ville, il faut savoir découvrir son intimité. Elle se révèle la nuit.

Je n’arrivais pas à dormir en ce samedi soir. Un sentiment diffus me poussait à m’échapper de ma chambre universitaire. La nuit m’appelait. Poussé par cet instinct, je me décidai d’aller marcher sans savoir ma destination. Simplement marcher et observer la vie nocturne de Nanjing. Je voulais la connaître dans son intimité, être un spectateur de sa nudité. Si je veux mieux connaître son endroit, il faut que je saisisse, ressente son envers. Comme dans toutes les villes du monde, elle paraissait endormie, fatiguée de son brouhaha journalier. Mais cette apparence de tranquillité n’était que trompeuse. Elle ne s’arrêtait pas. La nuit venue, la ruche continuait autant à besogner. Entre ruelles et boulevards, j’y découvris des fourmis où même la nuit ne suffit à les arrêter.

Sur les chantiers, le repos nocturne se révèle être une aberration. Tandis qu’une équipe prend son quart et part se coucher dans un des coins du chantier, à même le sol et ayant pour toute protection, une bâche, l’équipe d’ouvriers suivante est déjà au travail. Se moquant du bruit, les pelleteuses arrachent la terre de plus belle, les camions bennes, tous phares allumés, ne cessent leur va-et-vient. Dans quelques heures, avant même que le jour n’éveille la ville, ils reprendront la relève. Et ce, sept jours sur sept. Il est deux heure du matin. Au fil de mes pas, perdu dans mes pensées, je croise ces recycleurs qui fouillent les poubelles, récupérant bouteille de plastique, verre ou carton.

Près de l’hôpital, les taxis attendent un éventuel client, une éventuelle urgence.  Ceux encore éveillés se sont regroupés pour tirer une bouffarde sur leur cigarette, les autres sont plongés dans un sommeil profond, calés au fond de leur siège incliné. La nuit sera longue. Sur les boulevards, seuls quelques taxis et camions circulent. Quittant les boulevards, je m’enfonce dans la pénombre des ruelles. Au bas de petits immeubles qui accueillent les classes les plus modestes, dans les  cabanes construites de tôle, de bois, de briques mal agencées on continue à travailler. Un marchand de baozi est à l’ouvrage. Je m’arrête et m’assoies. Il a l’allure d’un boulanger avec son tablier blanc et ses mains blanchis par la farine. D’un geste sûr et rapide, il pétrit sa pâte qui ravira ses clients de la mâtinée. A quelques mètres de là, un débit de boisson est encore ouvert. Il est 3 heures du matin. J’achète deux bouteilles de bière et offre une au marchand de baozi. Surpris, il ne refuse pas mon offre. On trinque. Je ne saisis pas ce qu’il me dit mais je devine. Il semble séduit par ma curiosité et me fait répéter ce qu’il me décrit. Il vient s’assoire avec moi, je lui offre une cigarette. L’un à côté de l’autre, notre silence semble complice. Je lui laisse ce moment de répit. A moitié de bouteille, je reprends ma route, m’enfonçant dans la ruelle. Je passe devant un petit restaurant musulman. Toute lumière allumée et porte ouverte, le feu entretenu, il attend le retour des fêtards qui s’arrêteront pour prendre leur petit-déjeuner. Un mélange de riz et d’œuf, poêlé.

Je file, et je distingue un peu plus en amont de la ruelle, une fine lumière rosée. Je devine ce que ce sait. C’est leur heure. Elle est avachie dans son fauteuil qui sert de prétexte à son pseudo-métier de coiffeuse. Elle lutte contre le sommeil. Comme si elle avait senti ma présence, elle se lève et se colle à la vitrine. Elle m’invite à passer le seuil de sa porte. Je refuse. Je lui tend une cigarette et l’amène le temps d’un instant à sortir de sa condition de coiffeuse prostituée. Elle insiste. Elle descend même le prix : 50 kuai au lieu des 100 habituels. Je souris pour la remercier de son offre, mais c’est toujours non. La cigarette terminée, je l’embrasse puis je lui glisse un clin d’œil. Elle ne sut plus quoi dire et je ressentais dans mon dos son regard. 

De nouveau sur les boulevards, derrière les rideaux en fer entrebâillés des petites boutiques, on continue à vaquer à ses occupations. On y dort, on y mange. On y vit tout simplement. Ces gens-là, comme dirait Brel travaillent sans cesse. Ils n’ont certes pas le sou. Mais chaque sou gagné vient enrichir la cagnotte qui servira à acheter un appartement dans ses petits immeubles où les classes moyennes se réfugient. Il paiera l’école, voire une voiture. Même l’hôpital qui reste hors de portée à la majorité des habitants, trop pauvres pour se payer des soins. On y travaille sans cesse pour un avenir meilleur.

Il est 5 heure, la fatigue me gagne, enfin rassasié de mes découvertes. Je rentre et je croise les personnes âgées, de leur pas lent mais assuré, se dirigeant vers les parcs pour pratiquer leur art martial, le tai shi (le bien être).

par Guillaume publié dans : Nanjing
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Lundi 26 septembre 2005

Je ne me doutais pas à quel point l’expatrié pouvait être à ce point sans vergogne. Bien sûr, ils ne sont pas tous comme cela. Ceux que je décris se retrouvent dans les bars à expat. Ceux qui se montrent le plus. Ils viennent étaler et leur arrogance, voire leur mépris pour les chinois. Les filles ne sont qu’un objet sexuel. Ils se félicitent et se satisfassent de cette facilité à les embarquer un soir. Leur soif de sexe tourne à la boucherie, à l’indécence. Ils ont oublié leur valeur, gâté par la situation de privilégié. Rien ne les dérange. Ils ne se justifient pas : « elles le veulent, alors pourquoi s’en priver ». De l’abus, il faut toujours se méfier du retour de bâton. Ils crachent, se moquent volontiers des chinois. Ils ne s’intéressent qu’aux opportunités qu’offrent la Chine. Sa culture, son peuple, ils les piétinent avec une telle imbécillité. Leur langue : « cela ne sert à rien. L’anglais est bien suffisant ». Leur attitude est celle du colon. Les hommes oublient vite le passé et ses leçons. Ils recommencent sans cesse ces conneries. Il était un temps où les idées et la liberté avaient leur place dans les valises du business. Aujourd’hui, nous les avons remplacé par notre obsession de la consommation. L’échange se résumant à des produits et à des chiffres. Toute conscience déjà fortement réprimée, du moins si elle tend à s’exprimer, reçoit le coup de grâce de l’extérieur.

On me dit qu’il faut être solidaire entre expatrié. Qu’on ne peut s’accuser mutuellement de nos faiblesses. C’est la règle. Je ne suis ici ni pour le business, ni pour devenir un privilégié. Je suis ici avec un regard d’un observateur. Et maladroitement, je tente de porter la plume dans la plaie. Alors si je dois franchir la ligne, ce sera avec fierté.

En France, je ne me taisais pas. Quitte à en subir les foudres de mes hiérarques. Ici, je continuerai à l’ouvrir quitte à froisser leur orgueil et leur vanité.

par Guillaume publié dans : En réponse
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Mardi 20 septembre 2005

Je ferai parti, malgré moi, des acteurs de la cérémonie d'ouverture des 10e jeux nationaux qui se dérouleront du 12 au 23 octobre. Scène 1 : une chorégraphie sous propagande communiste.

La proposition était alléchante. Notre promotion était invitée à assister à l’ouverture des 10e jeux Nationaux. Du moins c’est que nous avons cru. Avec néanmoins un certain scepticisme pour certains, dont moi, puisque sur de grands panneaux publicitaires étaient indiqués les dates de l’évènement. Du 12 au 23 octobre. A vrai dire, nous sommes tombés dans une véritable embuscade à la chinoise. Nous avons commencé par comprendre lorsque le bus a dépassé le stade pour nous amener dans une caserne de pompier située en périphérie de la ville, en pleine campagne.

Dans une grande salle, des jeunes filles habillées de rouge répétaient une chorégraphie. La justification de notre présence devenait claire : nous participerons à la cérémonie d’ouverture le 12 octobre. Mais qu’allons nous bien faire. Qu’attendaient-ils de nous ? Beaucoup n’appréciait pas de se retrouver face au mur. Et encore moins de ne pouvoir y réchapper. Aucun moyen de faire demi-tour : pas un taxi, pas un bus. Il fallait s’y résoudre. Mélangé avec des chinois de tous âges, nous écoutions sans comprendre le chorégraphe. Facilement remarquable par son look, très occidental et très gay attitude. D’un pays à l’autre, cette profession reste étonnante : elle adopte les mêmes styles. Perplexes et amusés, nous finissons par faire comprendre que le chinois est encore du chinois. Deux vieilles dames se proposent de jouer les interprètes. Aucun des jeunes dans la salle ne parlent anglais et pourtant ils adoptent tous le style vestimentaire occidentale.

Nous apprenons sans surprise que nous serons parmi les acteurs le jour de la cérémonie et que nous avons « l’honneur » de représenter le monde étranger. Autre « honneur » : tous les pontes de la Chine actuelle assistera à l’évènement et qu’il est fort probable qu’ils viennent nous serrer la main. Que d’honneurs ! Mais je m’interroge : comment concilier ma déontologie de journaliste et ma participation à une propagande théâtrale ? Je ne peux refuser. Me voilà coincer dans un dilemme philosophique et politique. Pour autant l’expérience est tentante, unique. Quel étranger pourrait se faire valoir d’avoir jouer les acteurs dans une cérémonie aux accents maoiste et communiste. Être au cœur de l’évènement, n’est-ce pas là finalement le but de tout journaliste. Il n’y a plus de doute. Jouons, observons et rions. Viendra le temps, après les impressions, celui du recul et de l’analyse.

Sous une chaleur insupportable, nous découvrons alors les exigences du chorégraphe. Je retrouve les mêmes scènes que j’avais déjà pu entrevoir à la télévision, dans différents documentaires. Ce côté kitsch m’amuse toujours autant. La famille est bien sûr est à l’honneur. La scène commence par un petit garçon qui courre devant ses parents et ses grands parents. Il est au centre de toutes les attentions. Puis, les adultes, le doigt pointé vers les spectateurs, lui montrent la fierté du monde chinois. Alors vient à leur rencontre un autre couple accompagné d’un enfant. Les salutations sont exagérées. L’image d’Épinal est parfaite, correspondant parfaitement au style communiste : l’harmonie du bonheur et de la fierté. Puis c’est au tour des jeunes qui saluent dans l’allégresse toux ceux qu’ils rencontrent, saluant au passage une colonne d’enfants. Les plus vieux suivent le mouvement en dansant. On se croirait revenu aux années 50 au temps du stalinisme. Et enfin c’est à notre tour : sautillant, nous saluons tous ceux que nous croisons. La Chine est ouverte sur le monde. Reste que c’est plutôt le monde qui est ouvert à la Chine, un peu contraint. Et nous voilà solidaire du monde chinois.

Pour finir l’enfant de la première scène tombe. Pendant que tous se précipitent vers l’enfant, surgit alors une colonne de femmes policiers marchant au pas. Une d’entre elle vient à son secours et le rassure. Formant une ligne, un peu chaotique, chacun applaudit et repart avec fierté. Le tout rythmé sur un air chinois pseudo moderne. Rien à voir avec ce que nous assistons lors des différentes cérémonies d’ouverture. Ceux d’Albertville ayant depuis fait école.

Se sentant d’abord ridicule, l’amusement prit le pas. La cérémonie étant retransmise à la télévision, nous nous imaginons la réaction de nos amis…

par Guillaume publié dans : petites curiosités
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Lundi 19 septembre 2005

Du 12 au 23 octobre ce sont les 10e jeux nationaux à Nanjing. De par ma collaboration à la cérémonie d'ouverture, je vais couvrir l'évènement dans sa durée. Que vous soyez rédacteur en chef, chef de service ou journaliste, je suis ouvert à toute offre et à toute demande. Pour me contacter gbernardeau@hotmail.com.

par Guillaume publié dans : journalisme
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Dimanche 18 septembre 2005

La pertinence des guides de voyage est très aléatoire. S'ils se révèlent très attrayant avant le départ, une fois sur place, il vaut mieux les laisser au fond de son sac ou sa valise.

En ce jour nous étions impatients de découvrir le Zijin Shan, dit Mont pourpre et ses diverses monuments sur le versant sud. Les guides de voyage nous avaient mis l’eau à la bouche. Mais très vite la désillusion nous a gagné à notre arrivée au portail menant au Ming Xiaoling (tombeau de Hongwu, empereur de la dynastie Ming). L’entrée est fixée à 50 kuai. Etonnement. Le Lonely indique seulement 15 Kuai. Pensant alors que le tarif avait soudainement augmenté par notre situation de laowai, nous tentons de négocier. Rien à faire, c’est bien 50 kuai. Trop cher de l’avis de tous. Certes en France, cela ne représente pas grand-chose mais à comparaison du coût de la vie locale le prix est comme dirait notre ami allemand « very expensive ».Ne voulant pas rester sur une défaite, nous filons plus loin afin de découvrir d’autres merveilles. Même déconvenue. Les tarifs restent autant élevés. Décidés à ne pas perdre la bataille, nous choisissons alors de prendre les petits chemins en sous-bois et de monter jusqu’au sommet. Le plaisir de l’effort et du spectacle combla alors les précédentes déconvenues.

Depuis notre arrivée, ces guides qui nous faisaient tant voyager nous déçoivent. Nombres d’informations restent partielles, voire même erronées. Ceux qui s’étaient précipités sur le Routard, en sont revenus. Shanghai et Beijing représentent à eux seuls un tiers du guide. Compter également un bon tiers d’informations pratiques générales sur la Chine (sur ce dernier rien à dire). Ici à Nanjing, il sert de décors. Il meuble ma pseudo bibliothèque. Par contre, je ne suis pas contre de leur offrir ma collaboration pour éditer quelques pages sur Nanjing et le Jiangsu, voir même le Shandong, avec sa célèbre montagne sacrée Tai Shan.

Le Lonely, certes plus complet, tente un balayage rapide des grandes villes de chaque province. Néanmoins, les bons plans logements et restaurants indiqués restent onéreux. A Nanjing, il y a possibilité de se loger à moins cher. Et au lieu de vous précipiter dans les grands restaurants notés, allez dans ceux qui payent moins de mine mais qui offrent un rapport qualité-prix inégalable. Pour 10 à 15 kuai, vous mangez comme un roi et bon. Ancienne capitale de la Chine, nous sommes nombreux a déploré que le traitement réservé reste minoré. Pour les Chinois, cette ville garde une importance historique majeure. D’autres merveilles sont à voir, suivez votre instinct. Allez dans le nord ouest, vous y rencontrez une autre Chine. Un autre Nanjing, loin des building d’affaires.

Le Petit Futé se révèle de même facture que le Lonely. A vrai dire il n’y a pas encore de guides qui retrace vraiment la Chine. Quant au Guide Bleu, jetez le à la poubelle.

A vrai dire, les guides se révèlent intéressant avant le départ. Une fois sur place, se laissez porter par le vent reste sûrement la meilleure façon de voyager.

par Guillaume publié dans : livres
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