Le Monde et Libération traite de la politique de Beijing vis-à-vis du Tibet. L'un approuve, l'aure condamne. Analyse de Media Rating qui est une agence de notation des médias. Leurs critiques sont souvent acerbes.
Habitués aux prises de position du Monde, voix des opprimés et des victimes de l’impérialisme et de la colonisation, c’est avec stupeur que les lecteurs du Monde ont découvert dans le numéro daté du 22 octobre 2005 un véritable hymne à la politique chinoise de mise en coupe réglée du Tibet.
Très subtilement, cet article intitulé « Pékin approfondit l'intégration du Tibet dans l'espace chinois par le chemin de fer », cautionne la politique criminelle de la Chine qui, faut-il le rappeler, a envahi le Tibet en 1949 et l'a colonisé entièrement au point de progressivement remplacer la population autochtone par des Chinois. Ainsi, entre 1949 et 1979, plus de 1 200 000 tibétains sont morts sous l'occupation chinoise.
Dès le titre de l’article, le décor est planté : on ne parle pas de « colonisation » mais « d’intégration ». Cette idée sera reprise dans le corps de l’article : « Pour Pékin, il s'agit de développer une zone économiquement "arriérée" tout en poursuivant la sinisation d'un Tibet historiquement rétif à l'intégration ».
Notons tout de même que le terme de « colonisation » apparaît dans l’article, mais entre guillemets comme pour mieux s’en distancier : « un trafic estimé à 900 000 voyageurs l'an permettra également à Pékin de poursuivre la "colonisation" du Tibet par l'ethnie Han ». Mais tout ceci ne semble pas perturber le journaliste du Monde…
Enfin, l’article se termine par une véritable ode à la puissance chinoise et à l’écrasement du Tibet : « L'achèvement de ce projet a été l'occasion pour le régime de célébrer "un triomphe sans précédent dans l'histoire humaine" , comme l'a dit le président, Hu Jintao. Dans un éditorial, le quotidien anglophone China Daily vient de faire le parallèle avec le récent succès du deuxième vol habité chinois dans l'espace en remarquant que ces deux réalisations "sont la résultante de la montée en puissance tous azimuts de notre force nationale". Plus que jamais, le Tibet sera chinois ».
Notons aussi que cet article utilise un vocabulaire qui semble tout droit extrait d’un argumentaire commercial écrit au siège du Parti Communiste Chinois : il est question d’une véritable « Prouesse technique», du « train le plus haut du monde », d’un « impressionnant projet ferroviaire destiné à désenclaver… », d’un « projet pharaonique ». « Les premières classes seront pressurisées… et disposeront de restaurants de luxe ».
Oubliés les ravages écologiques causés par la politique des grands barrages ! Dans leur grande sagesse, les autorités chinoises prennent désormais les problèmes d’environnement en considération. Ainsi, approuve notre thuriféraire, « sur le plan écologique, les autorités semblent, pour une fois, avoir pris conscience des nécessités de protéger la flore et la faune dans des zones encore préservées de toute industrialisation : plus de 200 millions d'euros ont été consacrés à la protection de l'environnement, notamment pour épargner des espèces rares d'oiseaux et d'antilopes. »
Nous voilà rassurés sur les bonnes intentions des dirigeants chinois à l’égard des animaux tibétains !
Et pour les femmes et les hommes tibétains ?
Pourquoi Le Monde est-il aussi complaisant avec l’occupation chinoise du Tibet ?
Pourquoi Le Monde, qui avait déjà consacré en octobre 2003 une large et exorbitante couverture au lancement du premier cosmonaute chinois (appelé « taïkonaute »), s’aligne-t-il sur les positions chinoises ?
A l’époque, nous avions déjà constaté que l’office du tourisme chinois avait acheté de nombreuses pages de publicité dans Le Monde dans les jours qui avaient suivi. Sans doute un pur hasard…
Il est vrai que ces pages de publicité sont autrement plus rémunératrices que les annonces de conférences du Dalaï Lama !
A moins que Le Monde ait une fois de plus décidé de coller à la ligne diplomatique défendue par le Quai d’Orsay : cautionner les dictatures, du moment qu’elles s’opposent au Etats-Unis.
Mais peut-être reste-t-il encore quelques maoïstes au sein de la rédaction du Monde…
A l’inverse de l’incroyable cynisme du Monde, nous avons observé que Libération du 25 octobre 2005 a sauvé l’honneur de la presse française en adoptant une position radicalement opposée sur le même sujet : « La colonisation chinoise sur les rails au Tibet »
Ainsi, si Libération a aussi salué « la prouesse technique » de l’ouvrage, il n'en a pas moins condamné sa dimension politique en s’exprimant de façon très explicite - « colonisation », « colons », « génocide culturel » - tout en mettant en doute la version officielle chinoise, notamment sur les conditions de travail du chantier. Source : Media Rating
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