Pater reporter

 

"Chine : chaos, éclat de rire devant le droit de l'homme. Un mobile : l'argent. Un but : l'or. Une adoration : la richesse". La chine est en folie. Albert Londres, 1925.

 

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Jeudi 3 novembre 2005

J'ai renoué avec mes vieilles habitudes : me retrouver dans des endroits louches. J'aime ces ambiances. Petite excursion dans un bordel chinois. Très chic.

Cela me taraudait depuis quelques temps. Depuis que je le savais. J’avais appris par un ami que la publicité dans le taxi située sous l’accréditation des autorités était consacrée à un bordel. On ne peut s’empêcher de sourire compte tenu que la prostitution est interdite. Entre ce qui est dit et écrit et la réalité quotidienne, les paradoxes et les ambiguïtés sont communes. Ce côté de la Chine me plaît : la loi n’est pas force de loi. Elle n’est qu’intention. C’est en quoi les Chinois se rapprochent des Français. Je voulais voir par mes propres yeux. Les prostitués de Nankin sont aussi célèbrent que son canard salé. Il fallait que je côtoies de plus près, que j’aille renifler comment tout cela passe. Cela m’a pris un soir, soudainement. Je prends le premier taxi qui s’arrête. Par chance, la publicité que j’avais repéré quelques semaines plutôt était toujours affichée. Je demande à ce dernier de m’y emmener : il hésite puis se met à sourire. Je m’attendais à sa réaction. Ma décision l’amuse et il engage la discussion. Je ne comprenais pas tout mais l’intention était sympathique. Je rendais surtout la politesse dans un chinois élémentaire.

Arrivé, je découvre que le bordel se situe en plein centre-ville près du quartier 1912 (le quartier des bars-discothèques), dans un building tout récent. Un énorme écriteau lumineux lui servait d’enseigne. La prostitution se fait au grand jour et sans complexe. Je rentres et je découvre un endroit chic, sympa et un peu lounge. Je suis accueilli avec charme et classe. Je prends la direction du bar et je prends mes aises. A peine le temps de prendre une gorgée de whisky qu’une fille, grande et distinguée m’alpague. Elle avait une grande robe de soie, fendue laissant découvrir ses longues jambes. Elle me parle dans un anglais parfait. Nous engageons la discussion. Nous parlons de tout et de rien. D’un coin de l’œil je surveille ma montre avant qu’elle tente de m’embarquer. Un quart d’heure passe. Et c’est sans surprise qu’elle me propose une bouteille pour continuer à discuter. Petit sourire de ma part. D’un pays à l ‘autre leurs techniques d’approche pour faire cracher vos billets sont identiques. Je demande combien. Elle m’annonce 1000 kuai la bouteille. Je n’avais pas l’intention de payer quoique ce soit. Je connais trop ce genre d’endroits. Je cherchais des mots pour décliner l’offre. Ce n’est pas parce que ce sont des prostitués qu’il faut se laisser aller à la goujaterie.

C’est alors qu’un homme d’une cinquantaine d’année accompagné de deux jeunes et ravissantes créatures m’accoste en français. C’est un expatrié, il travaille pour une grosse boîte dans le coin et il a ses habitudes dans ce bordel. « Je te la payes, cette bouteille. Viens à ma table ». Je le suis. Dans un recoin de la salle, sous une lumière très tamisée, je prends place sur la banquette entouré de nos prostituées. On les oublie un instant et nous voilà parti dans une discussion sans fin en français. La bouteille est presque terminée. Les filles nous collent au plus près et nous caressent les jambes avec discrétion et sensualité. Il commande une deuxième bouteille et m’invite à rester. Un autre habitué, un chinois qui est également dans les affaires nous rejoint. Les échanges se font en anglais et les filles participent à nos discussions. Éclat de rire, l’ambiance est détendue. Dans la conversation j’interroge les filles. Pas de questions directs. Je tente de savoir qui elles sont, d’où elles viennent, pourquoi elles bossent là. J’obtiens difficilement des réponses, les filles esquivent. C’est déjà dur en France d’obtenir des informations sur leur vie, le comportement de la femme chinoise ne facilite pas plus les choses. Les rendent même encore plus difficiles. Les heures passent. L’excitation est à son comble, l’alcool y aidant fortement. Le Chinois remet sans cesse une bouteille. Les filles se font alors plus pressantes et nous demandent de monter. Je refuse. J’ai envie de rentrer, je commence à être bourré. Le Chinois me demande si c’est un problème d’argent, et me propose que je choisisse une des filles à ces frais. « Mei wenti», me fait-il. C’était tentant. Mais bon, il faut savoir poser ses limites. Je décline l’offre. Il est tard dans la nuit. Je récupère les cartes de visite et les numéros de téléphone. « Tu reviens quand ?», m’interroge le français. Je lui réponds que je ne sais pas. « Appelle-moi, si c’est un problème de tunes, ne t’inquiète pas » . Je l’ai laissé sur sa proposition.

J’anticipe déjà la réactions de certains. J’ai eu maintes fois ce genre de discussion avec de nombreuses personnes. On me définira comme un pervers qui ne s’assume pas. Si vous le voulez. J’ai toujours eu du respect pour les madames fi fi comme je les appelle affectueusement. Non pas de pitié. Et encore moins de mépris. Elles font partie de notre paysage. Et j’ai toujours été porté sur les choses qui dérangent. J’ai toujours milité pour la réouverture des bordels. Dans les années 20 et 30 en France, on y allait en couple. Les abolitionnistes féministes de la prostitution se trompent de combat. Leur rhétorique est compromis par la clandestinité, la rue, l’esclavage et les clans mafieux qui se sont précipités dans la brèche. La prostitution n’est ni noire, ni blanche. Il y autant de prostituées que de situation de la prostitution. Avant de crier au loup, allez voir et discuter avec elles. Une société ne se regarde pas seulement par les artifices de ses jolies pavillons et de son patrimoine mais aussi par ses poubelles. C’est d’ailleurs plus révélateur.

 

par Guillaume publié dans : Nanjing
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Jeudi 3 novembre 2005

Je ne pouvais pas passer à côté. Figurant à la grande messe des Jeux nationaux de Nankin, je m'étais déjà interrogé sur ma participation. Propagande héritée des travers du communisme ? Il semble que l'editorial de la revue de presse le Vent de la Chine m'offre enfin la réponse.

JEUX NATIONAUX À NANKIN - CARTON JAUNE !

Adieu à Rong Yiren, le milliardaire rouge (26/10)

Les 12- 23/10 à Nankin, les 10. Jeux Nationaux déployèrent leurs fastes, «mini-JO» à 34 mois d’avance et1MM€ d’ infrastructures—stade de 70.000 places, centre de presse, voie express. 9986 athlètes étaient là, en 46 équipes.

Célébré par J. Rogge, Président du CIO – le Comité international olympique, le résultat sembla à la hauteur, à première vue : 350 épreuves, 32 sports, 6 records du monde battus...

Mais vite émergea une autre image, celle du scandale et de la «farce» (dixit China Daily).

26 cas de dopage furent dénoncés, dont celui de Sun Yingjie, argent au 10.000m femme. On vit des victoires truquées et des athlètes spoliés rendre leur médaille ; un combat de judo fut bizarrement «gagné» en 1 seconde. Même l’afflux des «fans» dans les gradins était «bidon», ballet géant réglé pour la TV…

Ces manipulations exposent l’écart entre la pratique internationale du sport,et son travestissement local par des apparatchiks mous et corrompus. Le sport en Chine est aux mains des provinces, et son but (loin de l’accomplissement de soi ou de l’esprit d’équipe) est l’image de la puissance locale, qui se mesure en médailles.

De ces Jeux de Nankin, le Jiangsu sort logique vainqueur avec 56 ors, qu’il a payé 33M€ (coût de la préparation de son équipe en 2005). Le n°2 : Canton, avec 46 ors, payés 28M€. Le n°3 est l’APL (44 ors). Ceci, sans compter les primes versées aux vainqueurs : budget de 2M€ au Jiangsu, 1M€ à Canton.

Mais quand le public découvre cette cuisine pré-olympique, son sentiment est plus proche de l’ire, que de la gloire!

Cette crise couvait de longue date –signe de sclérose d’un concept du sport depuis trop longtemps inféodé à la politique. Sur ces Jeux, le sociologue Zeng Yefu s’exclame : «produit de l’économie planifiée, les JN auraient dû mourir avec elle!» Pour les J0 de 2008, Liu Chaoli, Secrétaire général de l’AAC prédit, « 2 ors, 4 ou 5 médailles, pas plus!»  

A Helsinki, aux  championnats du monde  d’athlétisme, la Chine n’a eu qu’un seul argent, qui la classe 26e, comme la Tanzanie! L’échec sanctionne aussi la désaffection des jeunes, qui refusent l’esclavage du lycée sportif, visent l’université et une carrière, que le sport officiel ne peut leur offrir.

Face au tollé des Jeux de Nankin, l’autorité n’a qu’une réponse : envoyer, en 2006, le double d’athlètes en compétitions hors du pays. Mais face à la crise de confiance, et aux tares révélées, on est loin du compte !

Copyright © 1996-2005 CHINA TRADE WINDS (HK) Ltd.

*Le vent de la Chine (à voir dans mes liens). Pour recevoir à la revue de la presse, il faut s'abonner.

par Guillaume publié dans : Veille de la presse
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