ALBERTCHINE
ou le regard d'une autre Chine
A Propos de l'auteur

Trouvetoutchine
Le blog des petites annonces de particulier à particulier.
Touvetoutchine
J'ai renoué avec mes vieilles habitudes : me retrouver dans des endroits louches. J'aime ces ambiances. Petite excursion dans un bordel chinois. Très chic.
Cela me taraudait depuis quelques temps. Depuis que je le savais. J’avais appris par un ami que la publicité dans le taxi située sous l’accréditation des autorités était consacrée à un bordel. On ne peut s’empêcher de sourire compte tenu que la prostitution est interdite. Entre ce qui est dit et écrit et la réalité quotidienne, les paradoxes et les ambiguïtés sont communes. Ce côté de la Chine me plaît : la loi n’est pas force de loi. Elle n’est qu’intention. C’est en quoi les Chinois se rapprochent des Français. Je voulais voir par mes propres yeux. Les prostitués de Nankin sont aussi célèbrent que son canard salé. Il fallait que je côtoies de plus près, que j’aille renifler comment tout cela passe. Cela m’a pris un soir, soudainement. Je prends le premier taxi qui s’arrête. Par chance, la publicité que j’avais repéré quelques semaines plutôt était toujours affichée. Je demande à ce dernier de m’y emmener : il hésite puis se met à sourire. Je m’attendais à sa réaction. Ma décision l’amuse et il engage la discussion. Je ne comprenais pas tout mais l’intention était sympathique. Je rendais surtout la politesse dans un chinois élémentaire.
Arrivé, je découvre que le bordel se situe en plein centre-ville près du quartier 1912 (le quartier des bars-discothèques), dans un building tout récent. Un énorme écriteau lumineux lui servait d’enseigne. La prostitution se fait au grand jour et sans complexe. Je rentres et je découvre un endroit chic, sympa et un peu lounge. Je suis accueilli avec charme et classe. Je prends la direction du bar et je prends mes aises. A peine le temps de prendre une gorgée de whisky qu’une fille, grande et distinguée m’alpague. Elle avait une grande robe de soie, fendue laissant découvrir ses longues jambes. Elle me parle dans un anglais parfait. Nous engageons la discussion. Nous parlons de tout et de rien. D’un coin de l’œil je surveille ma montre avant qu’elle tente de m’embarquer. Un quart d’heure passe. Et c’est sans surprise qu’elle me propose une bouteille pour continuer à discuter. Petit sourire de ma part. D’un pays à l ‘autre leurs techniques d’approche pour faire cracher vos billets sont identiques. Je demande combien. Elle m’annonce 1000 kuai la bouteille. Je n’avais pas l’intention de payer quoique ce soit. Je connais trop ce genre d’endroits. Je cherchais des mots pour décliner l’offre. Ce n’est pas parce que ce sont des prostitués qu’il faut se laisser aller à la goujaterie.
C’est alors qu’un homme d’une cinquantaine d’année accompagné de deux jeunes et ravissantes créatures m’accoste en français. C’est un expatrié, il travaille pour une grosse boîte dans le coin et il a ses habitudes dans ce bordel. « Je te la payes, cette bouteille. Viens à ma table ». Je le suis. Dans un recoin de la salle, sous une lumière très tamisée, je prends place sur la banquette entouré de nos prostituées. On les oublie un instant et nous voilà parti dans une discussion sans fin en français. La bouteille est presque terminée. Les filles nous collent au plus près et nous caressent les jambes avec discrétion et sensualité. Il commande une deuxième bouteille et m’invite à rester. Un autre habitué, un chinois qui est également dans les affaires nous rejoint. Les échanges se font en anglais et les filles participent à nos discussions. Éclat de rire, l’ambiance est détendue. Dans la conversation j’interroge les filles. Pas de questions directs. Je tente de savoir qui elles sont, d’où elles viennent, pourquoi elles bossent là. J’obtiens difficilement des réponses, les filles esquivent. C’est déjà dur en France d’obtenir des informations sur leur vie, le comportement de la femme chinoise ne facilite pas plus les choses. Les rendent même encore plus difficiles. Les heures passent. L’excitation est à son comble, l’alcool y aidant fortement. Le Chinois remet sans cesse une bouteille. Les filles se font alors plus pressantes et nous demandent de monter. Je refuse. J’ai envie de rentrer, je commence à être bourré. Le Chinois me demande si c’est un problème d’argent, et me propose que je choisisse une des filles à ces frais. « Mei wenti», me fait-il. C’était tentant. Mais bon, il faut savoir poser ses limites. Je décline l’offre. Il est tard dans la nuit. Je récupère les cartes de visite et les numéros de téléphone. « Tu reviens quand ?», m’interroge le français. Je lui réponds que je ne sais pas. « Appelle-moi, si c’est un problème de tunes, ne t’inquiète pas » . Je l’ai laissé sur sa proposition.
J’anticipe déjà la réactions de certains. J’ai eu maintes fois ce genre de discussion avec de nombreuses personnes. On me définira comme un pervers qui ne s’assume pas. Si vous le voulez. J’ai toujours eu du respect pour les madames fi fi comme je les appelle affectueusement. Non pas de pitié. Et encore moins de mépris. Elles font partie de notre paysage. Et j’ai toujours été porté sur les choses qui dérangent. J’ai toujours milité pour la réouverture des bordels. Dans les années 20 et 30 en France, on y allait en couple. Les abolitionnistes féministes de la prostitution se trompent de combat. Leur rhétorique est compromis par la clandestinité, la rue, l’esclavage et les clans mafieux qui se sont précipités dans la brèche. La prostitution n’est ni noire, ni blanche. Il y autant de prostituées que de situation de la prostitution. Avant de crier au loup, allez voir et discuter avec elles. Une société ne se regarde pas seulement par les artifices de ses jolies pavillons et de son patrimoine mais aussi par ses poubelles. C’est d’ailleurs plus révélateur.
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