ALBERTCHINE
ou le regard d'une autre Chine
A Propos de l'auteur

Trouvetoutchine
Le blog des petites annonces de particulier à particulier.
Touvetoutchine
Je ferai parti, malgré moi, des acteurs de la cérémonie d'ouverture des 10e jeux nationaux qui se dérouleront du 12 au 23 octobre. Scène 1 : une chorégraphie sous propagande communiste.
La proposition était alléchante. Notre promotion était invitée à assister à l’ouverture des 10e jeux Nationaux. Du moins c’est que nous avons cru. Avec néanmoins un certain scepticisme pour certains, dont moi, puisque sur de grands panneaux publicitaires étaient indiqués les dates de l’évènement. Du 12 au 23 octobre. A vrai dire, nous sommes tombés dans une véritable embuscade à la chinoise. Nous avons commencé par comprendre lorsque le bus a dépassé le stade pour nous amener dans une caserne de pompier située en périphérie de la ville, en pleine campagne.
Dans une grande salle, des jeunes filles habillées de rouge répétaient une chorégraphie. La justification de notre présence devenait claire : nous participerons à la cérémonie d’ouverture le 12 octobre. Mais qu’allons nous bien faire. Qu’attendaient-ils de nous ? Beaucoup n’appréciait pas de se retrouver face au mur. Et encore moins de ne pouvoir y réchapper. Aucun moyen de faire demi-tour : pas un taxi, pas un bus. Il fallait s’y résoudre. Mélangé avec des chinois de tous âges, nous écoutions sans comprendre le chorégraphe. Facilement remarquable par son look, très occidental et très gay attitude. D’un pays à l’autre, cette profession reste étonnante : elle adopte les mêmes styles. Perplexes et amusés, nous finissons par faire comprendre que le chinois est encore du chinois. Deux vieilles dames se proposent de jouer les interprètes. Aucun des jeunes dans la salle ne parlent anglais et pourtant ils adoptent tous le style vestimentaire occidentale.
Nous apprenons sans surprise que nous serons parmi les acteurs le jour de la cérémonie et que nous avons « l’honneur » de représenter le monde étranger. Autre « honneur » : tous les pontes de la Chine actuelle assistera à l’évènement et qu’il est fort probable qu’ils viennent nous serrer la main. Que d’honneurs ! Mais je m’interroge : comment concilier ma déontologie de journaliste et ma participation à une propagande théâtrale ? Je ne peux refuser. Me voilà coincer dans un dilemme philosophique et politique. Pour autant l’expérience est tentante, unique. Quel étranger pourrait se faire valoir d’avoir jouer les acteurs dans une cérémonie aux accents maoiste et communiste. Être au cœur de l’évènement, n’est-ce pas là finalement le but de tout journaliste. Il n’y a plus de doute. Jouons, observons et rions. Viendra le temps, après les impressions, celui du recul et de l’analyse.
Sous une chaleur insupportable, nous découvrons alors les exigences du chorégraphe. Je retrouve les mêmes scènes que j’avais déjà pu entrevoir à la télévision, dans différents documentaires. Ce côté kitsch m’amuse toujours autant. La famille est bien sûr est à l’honneur. La scène commence par un petit garçon qui courre devant ses parents et ses grands parents. Il est au centre de toutes les attentions. Puis, les adultes, le doigt pointé vers les spectateurs, lui montrent la fierté du monde chinois. Alors vient à leur rencontre un autre couple accompagné d’un enfant. Les salutations sont exagérées. L’image d’Épinal est parfaite, correspondant parfaitement au style communiste : l’harmonie du bonheur et de la fierté. Puis c’est au tour des jeunes qui saluent dans l’allégresse toux ceux qu’ils rencontrent, saluant au passage une colonne d’enfants. Les plus vieux suivent le mouvement en dansant. On se croirait revenu aux années 50 au temps du stalinisme. Et enfin c’est à notre tour : sautillant, nous saluons tous ceux que nous croisons. La Chine est ouverte sur le monde. Reste que c’est plutôt le monde qui est ouvert à la Chine, un peu contraint. Et nous voilà solidaire du monde chinois.
Pour finir l’enfant de la première scène tombe. Pendant que tous se précipitent vers l’enfant, surgit alors une colonne de femmes policiers marchant au pas. Une d’entre elle vient à son secours et le rassure. Formant une ligne, un peu chaotique, chacun applaudit et repart avec fierté. Le tout rythmé sur un air chinois pseudo moderne. Rien à voir avec ce que nous assistons lors des différentes cérémonies d’ouverture. Ceux d’Albertville ayant depuis fait école.
Se sentant d’abord ridicule, l’amusement prit le pas. La cérémonie étant retransmise à la télévision, nous nous imaginons la réaction de nos amis…
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