Pater reporter

 

"Chine : chaos, éclat de rire devant le droit de l'homme. Un mobile : l'argent. Un but : l'or. Une adoration : la richesse". La chine est en folie. Albert Londres, 1925.

 

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Dimanche 16 avril 2006

Encore sous-estimée, l'émigration des jeunes français connaît une explosion sans précédente. Leur leitmotiv : profiter d'un ascenseur social qui est en panne en France.

Il y a quelque temps j’avais lu un dossier dans le magazine Challenger sur ces Français qui s’expatrient en Chine. L’auteure rappelait sans cesse que si on ne pouvait faire valoir un diplôme d’école de commerce (les plus prestigieuses bien sûr) ou d’une école d’ingénieur, il valait mieux s’abstenir à toute expatriation. Et que la raison du chômage et de la galère de la précarité en France ne pouvait être la cause de ce choix. Elle les appelait gentiment et naïvement les bras cassés (çà du lui être soufflé). Ce qui m’avait choqué à l’époque. Pour étayer ses dires, elle avait relayé les mots d’ordre des grandes institutions qui soi disant planchent sur l’expatriation et donnent des conseils et ceux des grands groupes français implantées en Chine. Comme quoi la madame ou la mademoiselle aurait mieux s’abstenu de s’enflammer dans son papier et aurait du prendre du recul. On embauche vraiment n’importe qui dans les grands canards ! Elle est l’image du journalisme bien-pensant qui ne prend pas la mesure des oppositions ou du moins d’une autre parole. Autre parole qui décrit plus une réalité que des fantasmes. Calquant bêtement les conditions de recrutement en France à ceux de la Chine, son papier partait dès le départ dans une mauvaise direction, loin des réalités. Elle aurait pu s’informer déjà sur un phénomène nouveau qui est la croissance de la vague d’émigration des jeunes français à l’étranger. Deuxièmement elle aurait pu s’informer sur les belles réussites d’expatriés qui avec ou sans diplômes ont su tirer leur épingle du jeu. Troisièmement, elle aurait pu s’informer sur les critères de recrutement opposés à la frilosité de nos patrons français.

Ce type de papier a encore de beaux jours devant lui. Sollicitant les rédactions pour proposer une autre réalité, je me suis vu refouler sans explication. « Vous donnez de l’espoir à des jeunes gens qui ne sont pas armés pour partir », un rédacteur en chef me rétorqua une fois. « Et quelles armes, je lui répondis, le diplôme absolu ». Sa réponse était attendue : un oui sans bavure sûr de sa certitude. Alors expliquez-moi pourquoi un jeune receleur de téléphone portable en France a réussi en Chine ce qu’il nous pouvait pas en France : monter une entreprise des plus légales dont le chiffre d’affaire ne cesse de croître. Des exemples, j’en vais à la pelle. Le tout diplôme est une attitude purement française. Où les compétences techniques sont mises en avant, où la question de ce que vous savez faire n’est jamais posé. Point de diplôme ou du diplôme adapté point de salut. Le chômage des jeunes en France avec ce type de mentalité n’est pas près d’être résolu. Et lorsque j’entends qu’à lui seul l’allègement du contrat de travail permettrait la fin progressive du chômage. Il y a vraiment de quoi s’énerver. Je devais rentrer en France en juillet. Ma mère qui est loin d’être une aventureuse m’alerta : « que vas-tu faire en France ». Plombier, pourquoi pas ? Ou alors agent d’entretien. Il paraît qu’on recrute en nombre. « Bonjour, j’ai un Dess de géopolitique européenne, je suis un garçon très enthousiaste à savoir que je vais nettoyer la merde des autres ». « Pourquoi je veux travailler chez vous, connard parce que j’ai besoin de tunes pour payer mon loyer de 20 m2, m’acheter mon paquet de nouilles au Lidel ».

Je suis tellement mieux en Chine.

par Guillaume publié dans : géopolitique
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Lundi 23 janvier 2006

Cela nous avait pris un soir rentrant du KFC, le macdo version chinoise. Un ami français et moi parlions de sexe. Fils de libertin, étant lui même, il reste toujours en éveil au moindre plan échangiste ou coquin. Il m'avait auparavant montrer quelques DVD pornos chinois. Je trouvais cela plus amusant qu'excitant. Je ne vous ferai pas part de mes commentaires peu élogieux pour nos amis chinois. Il savait où on pouvait en acheter. Bref, une fois le bien acquis on se précipita chez lui, prêt à décocher nos tirades sacarstiques. Et on tomba de haut. Sur les sept scènes dans le DVD, quatre étaient parfaitement identifiables à de la pédophilie. Survolant rapidement je m'aperçus que les gamines avaient au plus dix ans, certaines avaient seulement six ans à la louche. Tout était tourné en amateur. Les hommes en cause étaient de race blanche et les plans étaient tournés de telle manière qu'on ne pouvait les identifier. Sur la jacquette rien ne faisant mention à de telles scènes. Et pourtant dans la boutique de DVD, on avait entrevu des jacquettes suspectes. Trois belles chinoises dénudées et dans un coin une image superposée d'une petite fille en tenue scolaire.

Ces DVD ne sont pas vendus sous le manteau, ils sont libres d'accès. Et je pense même que le gérant de la boutique n'est même pas au courant du contenu.

Je déclare haut et fort que j'ai gardé les DVD et qu'ils sont à la disposition de la justice et des associations luttant contre cette criminalité sexuelle. Et pour éviter tous malentendus, cet ami français dénonce également cette horreur.

par Guillaume publié dans : géopolitique
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Samedi 22 octobre 2005

Rare les salariés chinois s'exhortant de la soumission, de cette attitude semblant si naturelle est cultivée l'exploitation ordinaire.

Dans certaines usines en Chine, des ouvriers fatigués de leur exploitation se sont mis à manifester. A exiger de meilleures conditions salariales. Pour beaucoup les manifestations se terminèrent dans le sang ou au fond d’une geôle. Dans la plus grande discrétion médiatique. Et trop rare une solution pacifique et tournant à leur avantage a été trouvée. Il en va d’un atout d’un pays entier qui a tablé sur une main d’œuvre obéissante, semblant illimitée* et surtout peu chère. Les entreprises du monde entier n’ont su résister à cet avantage comparatif. Elles se sont même précipitées arguant que la main d’œuvre en occident coûte trop cher et se révèle trop peu malléable aux critères d’un hypercapitalisme qui fait peu de foi de l’homme au profit d’un argent sonnant et trébuchant.

Ces soubresauts sociaux qui ne trouvent pas échos et qui n’émeuvent personne sont malheureusement l’exception qui confirme la règle. Le salarié chinois reste soumis à la pression de ces employeurs. Le code du travail est aléatoire et appréciable au cas par cas. Il se révèle souvent qu’une enluminure pour faire bonne figure devant les instances internationales. Il ne protège pas. Cette soumission m’a paru en pleine figure lorsqu’un ami français me raconta les conditions de travail de sa petite-amie chinoise. Elle travaille comme simple agent dans un call-center de China mobile, sa journée elle le passe au téléphone donnant des conseils. On savait que déjà en France ces entreprises de service provoquaient la méfiance de par les conditions sociales et les rémunérations proposées. Travaillant 48 heures par semaine, avec un planning aléatoire, elle ne gagne pas plus de 1000 kuai par mois (soit environ 100 €). Difficile alors de se loger à moins de trouver des taudis. A défaut de moyens, elle vit dans un dortoir de travailleurs, en ville près du Carrefour. La douche est sur le palier et l’eau chaude est un luxe. Sa chambre, elle la partage avec une de ses amies qui est actuellement au chômage. Si une part du loyer est payée par l’entreprise, elle verse le restant soit 100 kuai par mois. Mais le loyer doit être réglée deux mois à l’avance. Son amie sans revenue, elle paye également sa part. Soit quatre cents kuai à verser tous les deux mois.

En pleine poussée de la consumérite, sa situation l’exaspère. Ses études ne lui ont pas permis de trouver un travail dans sa branche avec une rémunération correcte. Les fins de mois se révèlent parfois difficiles. Pour autant elle ne se plaint pas. C’est un travail et elle fait le nécessaire pour que son employeur la garde. Pas une demande, rien. Alors qu’elle sera invitée pour le mariage d’une de ses amies, elle n’a osé bloqué une journée de peur de contrarier ses chefs. Ou lorsque la paye affichant une semaine de retard, ni elle, ni ses collègues n’ont adressé la moindre demande d’explication ou de précisions sur la date de versement. Outre cette soumission qui semble si naturelle, l’employeur croît la pression en organisant des examens régulièrement. Chaque salarié est interrogé par écrit sur une fiche produit. Du résultat de l’examen peut dépendre le volume de la rémunération. Il n’est pas rare qu’elle effectue des heures supplémentaires sans qu’elle soit payée.

Cette exploitation semble si ordinaire, tant dans l’ordre des choses, elle a contribué au miracle économique. Le chiffre de croissance de la Chine qui atteint encore presque les 10% fait envie, ferait même baver nos politiques qui courent après une croissance qui se fait toujours attendre. Au point de faire oublier que la réalité sociale affiche un contraste tellement saisissant qu’elle ferait hurler n’importe quelle communiste.

 *Un récent rapport fait état que l'image d'épinal d'une main d'oeuvre illimitée est bien loin de la réalité. D'ici dix ans le déséquilibre régional sur un plan démographique ainsi que le vieillissement de la population risque de provoquer des bouleversements dans le schéma de développement économique du pays. Voir le quotidien du Peuple qui y consacre un dossier important.

 

par Guillaume publié dans : géopolitique
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Vendredi 16 septembre 2005

Un peu partout en ville, des personnes en âge de la retraite, sillonnent la ville, fouinant les poubelles à la recherche de bouteilles de plastique. De ses petites mains, les entreprises locales du recyclage tirent un bénéfice qui inquiète ses concurrentes occidentales.

 

Il est difficile de lui donner un âge. Une vie de labeur d’abord dans les champs puis à la ville comme ouvrière lui a creusé prématurément les sillons de la vieillesse sur son visage. A 60 ans, elle en paraît 70. Ses haillons de travail, sales, la vieillissant un peu plus. Mam (je n’ai pas saisi son nom, alors je l’appelle comme cela) fait la tournée des poubelles de l’université. Sur ses épaules fatiguées mais encore endurantes, elle trimballe un énorme sac débordant de bouteilles de plastique. Mam ne peut plus travailler à l’usine. En France, elle serait une retraitée, jouissant d’une pension. Bien qu’habitant avec ses enfants, le revenu de ces derniers ne se révèle pas suffisant pour manger à satiété. Alors, Mam s’est mise à récupérer les bouteilles en plastique et les revend à des petits grossistes au nord-ouest de la ville, qui les revendent aux usines de recyclage situées dans la périphérie de la ville. Cela sert d’appoint pour envoyer son petit fils à l’école. Elle aimerait qu’il aille au lycée et à l’université. Elle travaille pour son avenir et changer ainsi le cours de l’histoire de la famille. Tous les jours, sans relâche, tant que la santé ne lui fait pas défaut, elle sillonne cette partie de la ville. Pour autant elle garde le sourire. Elle a connu les périodes troubles durant laquelle la famine sévissait dans les campagnes lors du grand bond en avant sous Mao. Elle a connu les expropriations, la mort de son mari. L’avenir ne peut-être que meilleur. Mam en est sûr. Cet optimisme vous frappe de plein fouet. Des Mams, on en croise un peu partout dans les quartiers plus aisés de la ville. Certains récupèrent le carton, d’autre le verre. Des hommes plus jeunes font le tour des recycleurs de poubelles et acheminent sur des tricycles, parfois motorisés, leur récolte.

De ses petites mains, dont le coût se révèle peu élevé, les entreprises chinoises de retraitement des déchets tirent un avantage qui fait peur à ces concurrentes occidentales sur le marché mondial. En 2004, la filière française de recyclage des bouteilles de plastiques s’était même émue de cette concurrence faussée. Doublées par les businessmen chinois qui surenchérissaient le prix auprès des déchetteries, les entreprises du secteur demandaient aux élus d’adopter des garanties législatives et commerciales. Ce fut fait, tant la Chine fait peur. Mais dans cette guerre économique, les chinois n’ont pas dit encore leur dernier mot. D’autres batailles sont à attendre. Certes moins visibles que le textile, où l’âpreté des combats fait de nombreux dégâts en Europe et aux Etats-Unis.

par Guillaume publié dans : géopolitique
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Jeudi 15 septembre 2005

La confusion est facile entre la pauvreté et la misère. Mais à Chenghe quartier, la pauvreté qui y règne est teintée d'un certain optimisme.

Les apparences sont trompeuses. Après notre première escapade dans les quartiers pauvres du nord-ouest, nous savions trop quoi pensé. A tort sûrement, nous avions aperçu ce monde avec méfiance. Nous sommes retournés quelques jours plus tard, notre regard a été complètement différent. L’accueil fut des plus chaleureuses. Les habitants faisaient des efforts pour parler lentement, et lorsque nous arrivions à comprendre et à leur répondre, ils nous applaudissaient et rigolaient. J’aime cet endroit de Nanjing. Je me sens rassuré qu’aucun autre laowai n’y met les pieds. La sensation du découvreur d’un autre monde frétille dans tout mon corps, amenant ce doux mélange d’éveil et d’apaisement. On quitte l’âpreté du business, du stress des cours. On se sent unique. Les sens se percutent pour au final trouver une forme d’harmonie. Nos références occidentales s’endorment afin de mieux accueillir la curiosité, le respect et la tolérance de la différence. Les échanges, les découvertes amènent à relativiser ses propres faiblesses, ses déprimes. Ces ambiances vous transportent, vous transmettent une énergie. Le sourire et la satisfaction ne vous quittent plus.

Mon regard dépucelé, j’ai pu voir de ses quartiers populaires certes les signes de la pauvreté, mais en aucun cas celles de la misère. Comme je l’ai pu longuement observer en France. Il ne s’agit pas d’histoires tristes. La fringale de la consommation n’a pas encore fait de dégâts, celle qui amène les autres a toujours envié, sans jamais se satisfaire. Leur quotidien est rempli d’optimisme. Même si selon un rapport sur les indices des prix en Chine spécifie qu’un citadin sur quatre grogne contre l’augmentation du coût de la vie (voir le Quotidien du peuple du 15 septembre).

L’envers du décor n’est pas aussi noir. J’ai été pris de ce que j’ai en horreur : l’ignorance. Mes premières impressions n’étaient pas entièrement fausses, mais leur analyse souffrait d’un manque de recul. A vrai dire d’ouverture. Néanmoins, je m’essaierai à ne pas tomber dans l’excès inverse.

Ce quartier je l’ai appelé Chenghe. Maillé par quelques grands axes qui mènent tous au Yangtsé bridge, il se divise en petits villages, plus ou moins animés. Certains les décrivent comme des taudis. Et leur destruction est à l’ordre du jour. Le gouvernement fédéral vient d’en faire sa priorité. Bien sûr ce ne sera pas pour tout de suite à Nanjing, la capitale restant la priorité avec la venue des JO en 2008.

Parmi ses villages, j’en apprécie surtout un par son calme. Sa seule voie d’accès se révèle un petit chemin qui longe un entrepôt de bus, près des quais. A son entrée, quelques immeubles de cinq étages défraîchis accueillent les familles les plus actives. Du moins celles qui peuvent payer un loyer un peu plus élevé que les taudis qui se situent plus en aval de la petite rue principale. Le calme du quartier était saisissant, coupant net avec le bruit sans cesse des rues adjacentes. On se croyait à la campagne. A l’entrée d’une petite cour, qui servait d’entrepôt de planches et de tout ce qui est recyclable, trois femmes et un homme s’adonnaient à un jeu de carte endiablé.  Plus loin, une vieille femme revenait des petits jardins qui se situent le long du mur des quais. L’air fatigué, elle se déplaçait d’un pas lent. Son sourire nous remplit de bonheur. Elle nous accompagna, nous observant. Tout autant amusé que nous de notre incompréhension mutuelle. Arrivé près des jardins –nous rencontrâmes aucun homme en âge de travailler- d’autres personnes âgées vaquaient à leur jardinage. Ils tentèrent de nous expliquer, nous nommèrent le nom des légumes. Ils se laissèrent photographier sans la moindre opposition. Virginie, l’amie photographe, délectait ce bonheur. Pour elle, tout était devenu facile. Elle choisit avec parcimonie ses angles, sa lumière. Les gens nous laissèrent entrer dans leur intimité, nous ouvrait les portes. Cela change tellement de la France où tout le monde semble être replié sur soi et son image. Virginie (Wei ni en Chinois) voulu tirer un maximum de cette humilité.

C’est alors qu’au moment où nous quittions ce petit village, situé en pleine ville, un vieil homme tenta de converser avec nous avec les quelques mots d’anglais qu’il avait dû apprendre dans sa jeunesse. L’échange dura un petit moment et attira les voisins étonnés et curieux que ce vieil homme arrive à communiquer dans une langue étrangère. Sur un petit bout de papier, je lui écrit mon nom en chinois You mu (ce qui signifie l’arbre européen) et je lui fit comprendre que je reviendrai la semaine prochaine, avec une traductrice. Il hocha d’approbation de la tête. Je ne sais pour quelle raison, sûrement l’instinct journalistique, je souhaite connaître l’histoire de cet homme. De son âge transparaît une histoire et un vécu différent de ceux que j’ai pu croiser.

par Guillaume publié dans : géopolitique
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