Encore sous-estimée, l'émigration des jeunes français connaît une explosion sans précédente. Leur leitmotiv : profiter d'un ascenseur social qui est en panne en France.
Il y a quelque temps j’avais lu un dossier dans le magazine Challenger sur ces Français qui s’expatrient en Chine. L’auteure rappelait sans cesse que si on ne pouvait faire valoir un diplôme d’école de commerce (les plus prestigieuses bien sûr) ou d’une école d’ingénieur, il valait mieux s’abstenir à toute expatriation. Et que la raison du chômage et de la galère de la précarité en France ne pouvait être la cause de ce choix. Elle les appelait gentiment et naïvement les bras cassés (çà du lui être soufflé). Ce qui m’avait choqué à l’époque. Pour étayer ses dires, elle avait relayé les mots d’ordre des grandes institutions qui soi disant planchent sur l’expatriation et donnent des conseils et ceux des grands groupes français implantées en Chine. Comme quoi la madame ou la mademoiselle aurait mieux s’abstenu de s’enflammer dans son papier et aurait du prendre du recul. On embauche vraiment n’importe qui dans les grands canards ! Elle est l’image du journalisme bien-pensant qui ne prend pas la mesure des oppositions ou du moins d’une autre parole. Autre parole qui décrit plus une réalité que des fantasmes. Calquant bêtement les conditions de recrutement en France à ceux de la Chine, son papier partait dès le départ dans une mauvaise direction, loin des réalités. Elle aurait pu s’informer déjà sur un phénomène nouveau qui est la croissance de la vague d’émigration des jeunes français à l’étranger. Deuxièmement elle aurait pu s’informer sur les belles réussites d’expatriés qui avec ou sans diplômes ont su tirer leur épingle du jeu. Troisièmement, elle aurait pu s’informer sur les critères de recrutement opposés à la frilosité de nos patrons français.
Ce type de papier a encore de beaux jours devant lui. Sollicitant les rédactions pour proposer une autre réalité, je me suis vu refouler sans explication. « Vous donnez de l’espoir à des jeunes gens qui ne sont pas armés pour partir », un rédacteur en chef me rétorqua une fois. « Et quelles armes, je lui répondis, le diplôme absolu ». Sa réponse était attendue : un oui sans bavure sûr de sa certitude. Alors expliquez-moi pourquoi un jeune receleur de téléphone portable en France a réussi en Chine ce qu’il nous pouvait pas en France : monter une entreprise des plus légales dont le chiffre d’affaire ne cesse de croître. Des exemples, j’en vais à la pelle. Le tout diplôme est une attitude purement française. Où les compétences techniques sont mises en avant, où la question de ce que vous savez faire n’est jamais posé. Point de diplôme ou du diplôme adapté point de salut. Le chômage des jeunes en France avec ce type de mentalité n’est pas près d’être résolu. Et lorsque j’entends qu’à lui seul l’allègement du contrat de travail permettrait la fin progressive du chômage. Il y a vraiment de quoi s’énerver. Je devais rentrer en France en juillet. Ma mère qui est loin d’être une aventureuse m’alerta : « que vas-tu faire en France ». Plombier, pourquoi pas ? Ou alors agent d’entretien. Il paraît qu’on recrute en nombre. « Bonjour, j’ai un Dess de géopolitique européenne, je suis un garçon très enthousiaste à savoir que je vais nettoyer la merde des autres ». « Pourquoi je veux travailler chez vous, connard parce que j’ai besoin de tunes pour payer mon loyer de 20 m2, m’acheter mon paquet de nouilles au Lidel ».
Je suis tellement mieux en Chine.
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