On aurait dit du Pernaut
Je me rappelle cette phrase de Jean-François Kahn, un brin provocateur, lors d'une conférence à Angers : "TF1 et France 2 abrutissent les cerveaux". Exemple avec un reportage de France 2 sur les Chinois à la mer.
Ce midi, le journal de treize heures de France 2 a consacré une minute trente de reportage sur les Chinois à la mer. Et qu'apprend on ! Rien. On se saurait cru au 13 heure de Pernaud. Pas un chiffre, pas le moindre pouce d'un angle. En guise de citation le journaliste nous sert à manger un vague micro-trottoir. Aucun professionnel du tourisme interrogé. Pas même un observateur. Quel budget prévoit-il. A l'hôtel, en location... quel part dans son budget annuel. Pourquoi aller à la mer, pour faire quoi. Quelle importance dans sa vie de travailleur. Quelle est l'origine de son envie... J'attends toujours que le journaliste pose la question. Aucune explication de ce nouveau phénomène sociologique. Même pas un début d'analyse et de réflexion. Du flan, rien dans la forme, rien dans le fond. A se demander pourquoi la rédaction a envoyé un reporter. Pour ma part j'ai une petite explication non officielle. Le reportage a été fait à Tsingsao, du même nom que la célèbre bière. Un Hasard ? Il ne faut pas trop y croire. La Ville accueillera les compétitions nautiques des JO de 2008. Et il devient impératif de séduire. Que le public chinois sera bien présent, que c'est un connaisseur. Mais à regarder les images de plus près, on ne peut se tromper. Il y a bel et bien du monde sur la plage mais le comportement semble celui d'un autre temps. On le voit bien et c'est flaggrant le temps du loisir ne fait pas partie des moeurs.
Alors pourquoi un traitement aussi léger de la part de la rédaction. La censure ? L'argument sera facile et peu convaincante. Sauf pour les plus crédules. Le journaliste se laisse largement corrompre par les friandises des services de presse. Il ne se foule pas sur le sujet (il le traite avec légèreté) et sert les intérêts de ceux qu'ils le réclament. Sans la moindre pudeur ou interrogation. C'est le quotidien. On appelle cela des voyages d'agrément. A l'Est Républicain, quand j'y bossais c'était la bataille pour s'inscrire à ces voyages tous frais payés. Jusqu'au jour où le syndicat a commencé à s'interroger sur ces voyages d'agrément. Qui n'ont rien de journalistiques et qui frôlent la limite de notre déontologie. Rien n'est plus facile à corrompre un journaliste. Du moment qu'il ne fasse pas chier la rédaction. Du moment qu'il ne fasse pas de vagues. C'est vrai si vous lisez Metro et Vingt Minutes. Facile à fabriquer : achetez vos droits auprès de l'AFP. Mettez quelques scribouillards à réécrire. Et voilà votre journal est fait. Pas compliqué...